Un athlète québécois dit qu’il a été refoulé à la frontière américaine

MONTRÉAL – L’athlète québécois qui a été refoulé à la frontière américaine, jeudi, ignore pour quels motifs, précisément, les douaniers l’ont ainsi empêché de participer à une compétition d’athlétisme à Boston.

Le coureur de 400 mètres Yassine Aber n’a pu accompagner son équipe du Vert et Or, de l’Université de Sherbrooke. Les douaniers américains au poste de Stanstead, à la frontière avec le Vermont, l’ont retenu pendant cinq heures, lui et ses six coéquipiers. Ils l’ont notamment interrogé sur sa religion et sur ses parents marocains, qui sont installés au Canada depuis 25 ans.

Le jeune homme de 19 ans, né à Sherbrooke, a raconté vendredi en entrevue à La Presse canadienne que les douaniers américains lui avaient notamment demandé s’il fréquentait une mosquée et combien de fois il s’était rendu au Maroc. Ils lui ont aussi posé des questions «très précises» sur ses connaissances et ses fréquentations, a-t-il soutenu.

Les douaniers avaient aussi saisi son téléphone cellulaire et lui ont même demandé son mot de passe pour y accéder.

Les six coéquipiers et l’entraîneur qui voyageaient avec lui dans la même fourgonnette ne pouvaient pas utiliser leur téléphone, même pour prévenir le reste de l’équipe déjà à Boston, a raconté M. Aber, spécialiste du 400m et du 4x400m.

Après avoir pris les empreintes digitales et des photos du jeune homme, les douaniers lui ont annoncé que son entrée aux États-Unis lui était refusée.

Passeport en règle

«Officiellement — le document qu’ils m’ont donné indique que je n’avais pas de passeport ou de visa valides», explique-t-il. Lorsque l’athlète a fait remarquer aux douaniers que son passeport était pourtant parfaitement en règle (il est valide jusqu’en 2026), les agents lui ont dit qu’ils ne pouvaient pas lui fournir d’autres précisions.

«Sache que l’entrée aux États-Unis n’est pas un droit mais un privilège, qui peut être révoqué à tout moment», lui ont-ils simplement répondu, après l’avoir retenu durant cinq heures. Ils ont par ailleurs indiqué que cette décision n’était pas irrévocable et qu’elle pourrait être différente un autre jour ou à un autre poste frontière.

Le nouveau président américain, Donald Trump, a signé le 27 janvier dernier un décret qui interdit l’entrée aux États-Unis aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane: Syrie, Irak, Iran, Yémen, Somalie, Soudan et Libye. Ce décret a depuis été suspendu par un juge de district à Seattle la semaine dernière puis par la Cour d’appel fédérale à San Francisco jeudi.

«Laisser tomber son équipe»

M. Aber ne comprend tout de même pas pourquoi il a été refoulé cette fois-ci alors qu’il a déjà voyagé aux États-Unis à plusieurs reprises sans être embêté — même avec ses parents. L’étudiant en kinésiologie indique que le personnel de l’université tente de trouver une façon de «le faire passer» la prochaine fois. En attendant, il songe à participer à une compétition à Ottawa la fin de semaine prochaine.

«Je suis surtout déçu et triste de ne pas pouvoir courir avec mes coéquipiers (à Boston) — j’ai l’impression de les laisser un peu tomber, avoue le jeune homme. Quand on s’entraîne fort toute l’année pour avoir la chance de participer à de belles compétitions de haut calibre comme ça, c’est sûr que c’est un peu décevant qu’un événement extérieur vienne nous empêcher de concrétiser nos efforts.»

Cet incident rappelle la mésaventure d’une femme de Brossard qui soutient avoir été refoulée samedi dernier à la frontière américaine à Philipsburg, avec ses deux enfants et sa cousine. Fadwa Alaoui, une musulmane d’origine marocaine qui vit au Canada depuis 20 ans, soutient que les douaniers l’ont interrogée sur sa religion et sur ce qu’elle pensait de Donald Trump, avant de refuser l’entrée à tout le monde.

Vendredi, le député néo-démocrate Murray Rankin a exigé du premier ministre Justin Trudeau qu’il soulève ces incidents lors de sa rencontre avec le président Trump à Washington, lundi prochain. «Notre premier ministre doit signaler à Donald Trump qu’un Canadien, né au Canada, même s’il est de confession musulmane, n’a pas besoin de visa pour aller aux États-Unis.»