Un autre cadeau aux entreprises en attendant les statistiques de chômage de mars

OTTAWA — Le gouvernement fédéral devrait dévoiler à son tour jeudi ses projections aux Canadiens pour démonter comment la COVID-19 pourrait affecter le Canada dans les semaines et les mois à venir.

Des fonctionnaires fédéraux ont convoqué les journalistes à une séance d’information technique pour leur présenter les données basées sur des modèles étudiés par les autorités de la santé publique.

Récemment, des provinces ont présenté leurs propres projections au public. Celles du Québec laissaient entrevoir quelque 29 000 cas d’infection faisant entre 1263 et 9000 victimes, selon les projections les plus probables du moment.

L’aide financière élargie

Le gouvernement fédéral assouplit une fois de plus son aide aux entreprises et rajuste la facture de l’ensemble de l’aide fédérale qui atteint maintenant 257 milliards $.

La subvention salariale à hauteur de 75 % coûtera 73 milliards $, soit 2 milliards $ de plus que ce qui avait été calculé la semaine dernière.

Ottawa la rend plus accessible — les pertes de revenus à prouver sont revues à la baisse — et fait cadeau aux entreprises de leurs cotisations à l’assurance-emploi, au régime québécois d’assurance parentale ainsi qu’au régime de pension du Canada et à la Régie des rentes du Québec.

Avec cet ajustement de plus, annoncé mercredi matin, le premier ministre Justin Trudeau tentait manifestement d’adoucir le choc prévisible du lendemain; les statistiques de chômage pour le mois de mars seront publiées jeudi.

Il a ainsi plaidé une fois de plus auprès des entreprises pour qu’elles réembauchent les employés mis à pied.

«Pour que notre économie survive à tout ça nous avons besoin que les entreprises survivent et que les employés soient payés», a-t-il souligné.

M. Trudeau a également annoncé des changements au programme fédéral d’emplois d’été pour les étudiants. Ottawa offrira aux employeurs jusqu’à 100 pour cent du salaire minimum en vigueur dans la province où ils embaucheront des étudiants.

«Aujourd’hui, nous prenons un pas dans la bonne direction pour aider les jeunes à trouver du travail en ces temps difficiles, mais je veux être clair: nous allons en faire davantage», a déclaré M. Trudeau, lors de son point de presse quotidien.

Le gouvernement fédéral élabore quelque chose pour ceux qui sont passés dans les mailles du filet d’aide déjà annoncée sous forme de prestation canadienne d’urgence (PCU).

«Je pense par exemple aux pigistes, aux professionnels des soins à domicile et à ceux dont les heures de travail ont été réduites à 10 heures par semaine ou moins. On est en train de trouver des solutions et on va vous aider», a promis le premier ministre, une fois de plus.

Dans la seule journée de mardi, ils ont été quelque 750 000 Canadiens à soumettre des demandes de PCU. En milieu d’après-midi mercredi, on avait compté 491 322 depuis le matin.

Sur les 4,75 millions de demandes d’assurance-emploi et de PCU faites depuis le 15 mars, 3,87 millions avaient déjà été traitées mercredi midi, selon le président du Conseil du trésor, Jean-Yves Duclos.

«Le système fonctionne étonnamment bien», a dit le ministre.

Jeudi, ce sera au tour des personnes nées en octobre, novembre et décembre de s’inscrire pour la PCU.

À quand le retour à la normale?

Le premier ministre a tenté de brosser le tableau de l’après. Et c’est un après qui sera compliqué pour un certain temps, tant qu’il n’y aura pas de vaccin contre la COVID-19.

«On ne sait pas exactement quand le pic viendra», a d’abord rappelé M. Trudeau.

«Dans les mois et l’année à venir, c’est possible qu’après qu’on passe cette phase-ci du virus, on ait une résurgence ici et là du virus au Canada. Mais on va avoir des mesures pour, j’espère, mieux contrôler et (…) réduire l’impact de ces petits moments plus difficiles à quelques endroits», a-t-il ajouté.

Ces mesures: une meilleure administration des tests, l’isolement de certaines communautés vulnérables quand nécessaire, un retour graduel de l’activité économique.

Tout cela, a dit le premier ministre, sera fait afin que lorsque ces résurgences apparaîtront, «nous pourrons nous ajuster rapidement et réagir». Ainsi, les prochains épisodes ne seront pas «aussi sérieux que celui-ci».

Et on en a «pour de nombreux mois».

Publication des scénarios d’Ottawa

Pour ce qui est de partager à son tour les scénarios de l’évolution nationale de la pandémie, le premier ministre a souligné qu’il y a des «différences significatives» dans les situations des provinces, chacune étant à un moment différent de cette évolution sur son territoire.

«Nous tentons de comprendre à quel moment de la courbe nous sommes», en tant que pays, a indiqué M. Trudeau.

«Si on veut partager un modèle, ou une prévision, qui soit réellement national, il va falloir qu’on rassemble (…) ces informations (…) des différentes provinces et nous allons le faire d’ici les prochains jours», a-t-il dit.

À l’Agence de la santé publique du Canada, on dit ne pas avoir en main des données à jour sur un élément essentiel pour faire des projections et élaborer des scénarios: le nombre d’hospitalisations au pays.

«Comme il faut du temps aux autorités sanitaires pour recueillir ces informations pour chaque personne et les envoyer ensuite à l’Agence de la santé publique du Canada, il y a un délai dans la réception des données complètes sur tous les cas signalés», a écrit dans un courriel Natalie Mohamed, conseillère des relations avec les médias à l’agence.

Elle a ainsi renvoyé La Presse canadienne vers les autorités de santé publique des provinces et des territoires «car (elles) disposeront des données les plus à jour».

Première sortie au bureau et retours à la maison

Justin Trudeau a présidé une réunion de son conseil de ministres en personne, mercredi après-midi. Le premier ministre a réitéré, toutefois, qu’il continuera de travailler de chez lui aussi souvent que possible. Sa famille est dorénavant installée au Lac Harrington, résidence secondaire officielle des premiers ministres du Canada.

Des Canadiens continuent de rentrer au pays avec l’aide du gouvernement fédéral. Mercredi, on attendait des vols d’Égypte et de l’Inde. Six navires de croisière voguent encore avec 48 touristes et huit membres d’équipage canadiens à bord. Affaires mondiales Canada dit surveiller leurs situations.

Ottawa a distribué 3,2 millions $ en 970 prêts à des ressortissants à bout de ressources financières à l’étranger. Environ 2000 autres demandes de prêts sont à l’étude.

Nombre de cas

Il y a 19 291 cas confirmés et probables décelés par les tests administrés au Canada. La maladie à COVID-19 a provoqué jusqu’à maintenant la mort de 435 Canadiens.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans disponibles: 10 031 cas au Québec, dont 175 décès; 5276 cas en Ontario, dont 174 décès; 1423 cas en Alberta, dont 29 décès; 1336 cas en Colombie-Britannique, dont 48 décès; 342 cas en Nouvelle-Écosse, dont un décès; 271 cas en Saskatchewan, dont trois décès; 232 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont deux décès; 221 cas au Manitoba, dont 3 décès; 108 cas au Nouveau-Brunswick; 25 cas à l’Île-du-Prince-Édouard; huit cas au Yukon; cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest; aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s’ajoutent les 13 cas chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.

Plus de 359 000 Canadiens se sont soumis à un test jusqu’à ce jour et selon les calculs de l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, Theresa Tam, environ cinq pour cent de ces tests ont été positifs.

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