Un camp d’été néo-écossais offre des places pour des enfants en deuil

HALIFAX — Quand la mère de Meaghan Bélanger lui a parlé d’un camp de vacances pour des enfants en deuil, l’adolescente n’était pas très enthousiaste. 

Elle se disait qu’un tel camp serait ennuyeux et trop triste.

Mais elle y s’est amusée follement.

«Cinq minutes après le départ de ma mère, j’ai réalisé que cela serait chouette», raconte Meaghan. Aujourd’hui âgée de 17 ans, elle en avait alors 13.

Sa mère Janette Bélanger explique qu’elle a eu des problèmes pour aider ses enfants Meaghan, Sean et Sarah, à vivre le deuil de leur père décédé d’une forme rare de cancer à l’automne 2018.

Un médecin lui a parlé du Brigadoon Village, un camp fondé en 2011 pour les enfants souffrant d’une maladie chronique. Ce camp de vacances a étendu ses programmes pour inclure les enfants vivant un deuil.

Mme Bélanger se souvient que son aînée avait «construit un mur autour de son cœur». Son expérience au camp, entourée de jeunes ayant vécu cette même expérience traumatisante, lui a permis «de l’abattre».

«Elle était une fille différente lorsqu’elle est revenue à la maison», raconte sa mère.

David Graham, le chef de la direction de Brigadoon Village, au nord-ouest de Halifax, a annoncé samedi d’importants travaux pour la construction d’un nouvel immeuble pour les arts, des installations pour les repas extérieurs et d’autres ajouts qui permettront d’accueillir 300 enfants de plus. L’investissement s’élève à 12,5 millions $.

Le projet a été conçu pendant la pandémie qui a contraint le camp à suspendre ses activités.

Le camp a un budget d’exploitation de 2,5 millions $. Les deux tiers de cette somme proviennent de dons. En une dizaine d’années, sa capacité est passée d’une trentaine de campeurs à 3500.

«Chaque semaine est dédiée à un groupe d’enfants souffrant d’une maladie spécifique. La semaine de nos enfants malvoyants sera très différente que celle des enfants se rétablissant d’une opération au cœur», décrit M. Graham.

Mais, l’objectif est le même, ajoute-t-il. Sortir les enfants de leur isolement joue un rôle essentiel dans leur évolution.

«Quand on arrive à Brigadoon et qu’on vit avec 60 à 70 jeunes ayant vécu la même expérience, on constate qu’on n’est pas aussi seul qu’on pensait», dit M. Graham.

Il explique que la santé mentale occupe une place de plus en plus importante dans la programmation du camp. Il est de plus en plus reconnu que la dépression et l’anxiété sont les plus graves maladies secondaires que ces enfants peuvent souffrir, en plus de leurs maladies chroniques.

«Nous sommes plus au courant des grandes répercussions que la société peut avoir aujourd’hui sur la santé mentale des enfants. Prenons la pandémie, ajoutons-y une maladie chronique et la mort d’un proche. On en tire un cocktail plutôt explosif», souligne M. Graham.

Simone Sewell, une coordinatrice et une ancienne conseillère du programme de deuil, dit que les jeunes qui s’inscrivent au camp n’ont pas amorcé leur deuil à la maison.

«Ce sont des mini-adultes en raison de tout le stress qu’ils ont subi. Ce qui est magique avec ce camp, c’est que nous leur donnons l’occasion d’être juste des enfants», dit-elle.

Mme Sewell explique que la stratégie est d’immerger ces enfants dans des activités normales d’un camp: ateliers d’art, jeux en plein air, natation. Du temps est réservé pour qu’ils puissent partager leurs émotions avec des conseillers bien formés.

Au dernier jour d’un séjour, les pots créés dans les cours d’art sont placés côte à côte vers une sorte de mémorial installé dans le bois. Les enfants s’y dirigent pour y mettre des petits cailloux en mémoire des proches qu’ils ont perdus.

Mme Sewell dit que ce rituel crée souvent des liens durables entre les jeunes.

«Je crois qu’être éloigné de la maison est un des facteurs de notre réussite. Les jeunes sont dans la nature. Ils vivent dans une cabane avec des gens ayant vécu les mêmes expériences qu’eux.»

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