Un Canadien condamné à 40 ans de prison pour terrorisme aux États-Unis

Un jeune Canadien reconnu coupable d’avoir planifié des attentats terroristes à New York a été condamné à 40 ans de prison devant un tribunal aux États-Unis.

Son avocat canadien a indiqué que la peine avait été infligée mercredi à Abdulrahman El Bahnasawy, âgé de 20 ans.

Cette lourde sentence a été prononcée en dépit des arguments de la défense selon lesquels le Canadien a été pris au piège. Sa famille a aussi affirmé qu’il souffrait d’une grave maladie psychiatrique.

Les procureurs avaient réclamé la prison à perpétuité.

Ils ont affirmé qu’Abdulrahman El Bahnasawy résidait en périphérie de Toronto lorsqu’il aurait entamé une correspondance en ligne avec un recruteur de haut niveau de Daech (le groupe armé État islamique).

«Il a écopé de 40 ans», a déclaré l’avocat Dennis Edney en entrevue avec La Presse canadienne. «Même si nous avons passé beaucoup de temps à établir ses maladies mentales, son histoire bipolaire, ses épisodes psychotiques, une dépendance à la drogue depuis l’âge de 14 ans et l’échec de nombreuses séances de rééducation.»

Me Edney a affirmé que le juge américain Richard Berman avait reconnu les troubles mentaux de l’accusé et relevé que celui-ci avait tenté de se suicider en prison à plusieurs reprises.

«(Le juge) a clairement eu l’impression qu’une peine de 40 ans était en quelque sorte une faveur, parce que le FBI voulait la prison à vie et l’a mentionné à plusieurs reprises», a souligné l’avocat.

Piégé par un agent double?

Des documents déposés auprès du tribunal du district sud de New York montrent qu’Abdulrahman El Bahnasawy n’avait que 17 ans et vivait à Mississauga, en Ontario, lorsqu’il a eu des contacts en ligne avec un agent d’infiltration de la police fédérale américaine (FBI).

La défense a fait valoir que l’agent l’avait encouragé à planifier des attentats à New York. Les procureurs ont pour leur part soutenu que le complot était déjà en bonne voie avant que les deux personnes n’entrent en contact.

Le plan, qui impliquait des conspirateurs arrêtés au Pakistan et aux Philippines, prévoyait des attaques contre le métro de New York et Times Square.

Le FBI, avec l’aide de la Gendarmerie royale du Canada, a arrêté Abdulrahman El Bahnasawy, alors âgé de 18 ans, dans un hôtel en périphérie de New York en mai 2016. Des enquêteurs ont déclaré qu’il avait acheté du matériel et pris possession d’un chalet pour y construire des engins explosifs.

Le Canadien a par la suite plaidé coupable à des accusations de terrorisme en 2016.

Dans une lettre déposée au tribunal en mars, le jeune homme expliquait avoir été influencé par les frappes aériennes américaines au Moyen-Orient. Selon ce qu’il déclare dans cette lettre, les Américains essayaient de perturber la vie des populations du Moyen-Orient avec des frappes aériennes et il était «approprié d’utiliser des méthodes similaires à moins que ces actions ne cessent».

«Il y a beaucoup de problèmes dans ce monde, mais je ne veux pas perdre la vie ou la liberté en essayant de les corriger, et je ne veux absolument pas recourir à la violence pour les réparer», a-t-il écrit. «Je m’excuse sincèrement pour (mon comportement) et je ne demande qu’une deuxième chance.»

Me Edney a affirmé qu’il avait été clair durant les observations sur la peine que le FBI était au courant des problèmes de santé mentale de l’accusé, grâce aux informations transmises par la GRC, qui avait obtenu son dossier médical. Il a également souligné que la défense d’incitation à commettre un crime avait échoué dans tous les procès pour terrorisme menés aux États-Unis au cours des dernières années, malgré des «démonstrations claires» en ce sens.

«L’agent infiltré, qui avait eu affaire à ce garçon troublé, avait reçu ses dossiers médicaux de la GRC», a dit Me Edney.

Dans une déclaration présentée avant le prononcé de la peine, ses parents, Khdiga Metwally et Osama Elbahnasawy, ont réclamé la clémence, affirmant que leur fils était aux prises avec des problèmes de santé mentale et de toxicomanie depuis des années.

«Abdulrahman est un garçon exceptionnellement brillant, souffrant d’un trouble bipolaire depuis la naissance, contre lequel il ne pouvait rien», ont-ils écrit au juge. «Nous pouvons soit être la main qui l’enfonce encore plus profondément et le punit pour quelque chose hors de son contrôle, soit la main qui le mène hors des ténèbres.»

L’espoir est maintenant qu’il soit transféré au Canada pour purger sa peine en vertu d’un traité international.