Un chef Mi’kmaq réclame la démission de la ministre des Pêches Bernadette Jordan

HALIFAX — Le chef de la Première Nation au coeur d’un conflit sur la pêche au homard en Nouvelle-Écosse affirme que la ministre fédérale des Pêches devrait démissionner puisqu’elle ne semble pas s’intéresser aux enjeux de sa communauté.

Le chef Mike Sack de la Première Nation Sipekne’katik a déclaré, mercredi, ne pas avoir eu de nouvelles de la ministre Bernadette Jordan depuis une semaine, malgré avoir tout fait pour obtenir un entretien avec elle.

«S’ils veulent rompre les discussions avec nous, alors nous allons prendre des moyens alternatifs», a dit le chef Sack en entrevue. «Si la ministre n’est pas intéressée à travailler avec nous, alors peut-être qu’elle devrait démissionner si elle n’est pas en mesure de faire son travail», a-t-il ajouté.

Les Premières Nations des maritimes et de l’est du Québec s’appuient sur une décision de la Cour suprême du Canada rendue en 1999 et selon laquelle les Autochtones ont le droit de chasser et pêcher où ils veulent et quand ils veulent pour en tirer un moyen de subsistance convenable. Toutefois, une décision subséquente est venue ajouter à titre de précision qu’Ottawa conserve le droit de réguler la pêche par mesure de protection des ressources.

Les pêcheurs non autochtones se plaignent que les activités autoréglementées des Autochtones dans la baie Sainte-Marie sont illégales et devraient être stoppées parce que la pêche au homard n’ouvre que le 30 novembre selon les règles fédérales.

Parallèlement, le chef Mike Sack dit avoir été fâché d’apprendre que les autorités fédérales ont retiré des casiers à homard dans une baie du Cap-Breton, où la Première Nation Potlotek avait entrepris une pêche de subsistance le 1er octobre.

«Ça m’agace quand le ministère, au Cap-Breton, retire les casiers de nos frères et nos soeurs. Ils ont commencé à le faire après avoir cessé de répondre à nos appels téléphoniques», a dénoncé le chef Sack.

Il craint également le fait que Bernadette Jordan, députée d’une circonscription du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, commence à plier sous les pressions de l’industrie de la pêche au homard.

Lors d’une réunion du Comité permanent des pêches et des océans, mercredi, Bernadette Jordan n’a pas répondu directement aux critiques du chef Sack. Elle a cependant répété à plusieurs reprises qu’il fallait être patient pour résoudre le conflit et l’enjeu plus important de déterminer ce qu’est une pêche de subsistance.

«Il n’y a pas de solutions simples et faciles, a-t-elle affirmé. Cela prend du temps et de la patience et il va y avoir des défis tout au long de la démarche.»

La ministre plaide qu’il s’agit d’un exercice d’équilibriste qui nécessite des négociations de nation à nation avec chacune des Premières Nations qui ont leur propre définition d’une pêche de subsistance tout en écoutant les inquiétudes des pêcheurs commerciaux au sujet de la pérennité de la ressource.

Dans un communiqué publié plus tôt dans la journée, le chef Mike Sack a annoncé que les pêcheurs de la Première Nation Sipekne’katik avaient pêché 100 000 livres de homard depuis le début de leur pêche autoréglementée dans la baie Sainte-Marie. Cela représente une infime fraction de ce que récoltent les pêcheurs commerciaux dans la même zone.

Au total, les quelque 990 bateaux de pêche détenant un permis devraient récolter environ 90 millions de livres de homard entre le 30 novembre et le 31 mai.

Selon le chef, les chiffres démontrent clairement que la pêche de subsistance ne menace pas la survie du homard.

Laisser un commentaire