Un critique du régime saoudien sur Twitter condamné à 20 ans de prison

DUBAÏ, Émirats arabes unis — Un tribunal d’Arabie saoudite a confirmé la peine de 20 ans d’emprisonnement imposée à un travailleur humanitaire ayant critiqué le régime au pouvoir sur Twitter. Une décision qui a provoqué une rare réprimande des États-Unis.

La sentence imposée à Abdulrahman al-Sadhan est également assortie d’une interdiction de voyage de 20 ans consécutive à sa libération de prison.

La preuve assemblée contre l’accusé pourrait avoir des racines dans un stratagème élaboré ayant pris naissance dans la Silicon Valley, aux États-Unis. Deux employés de Twitter ont été accusés par la police fédérale américaine d’agir comme espions pour le régime saoudien. Les deux hommes auraient eu accès aux données d’utilisateurs liées à 6000 profils du réseau social, dont ceux de plus d’une trentaine de pseudonymes que le régime voulait démasquer.

Selon la famille de M. al-Sadhan, son identité aurait été révélée aux autorités du royaume en le liant à un compte très critique du gouvernement et ayant rassemblé un impressionnant auditoire.

Cette affaire est le plus récent exemple des efforts sans relâche du gouvernement et du prince héritier Mohammed ben Salman pour faire taire tous les critiques du régime autoritaire. Elle démontre également l’ampleur des stratagèmes que le gouvernement est prêt à déployer pour arriver à ses fins.

Les autorités saoudiennes n’ont pas commenté les procédures judiciaires et le tribunal n’a pas rendu sa décision publique. C’est la soeur de l’accusé, prénommée Areej, qui a confirmé la sentence à l’Associated Press.

Selon elle, son jeune frère n’était pas un militant, mais il était très sensible aux défis économiques auxquels sont confrontés les jeunes saoudiens en raison de son rôle de travailleur humanitaire.

Elle a raconté que son frère avait disparu en mars 2018 à la suite d’une visite d’agents des forces de sécurité dans les locaux du Croissant-Rouge, à Riyadh, où il travaillait. Sa famille n’a plus eu de nouvelles pendant près de deux ans jusqu’en février 2020.

Au cours de cette absence, des informations sont parvenues aux oreilles de la famille selon lesquelles Abdulrahman al-Sadhan était détenu dans un lieu secret et soumis à la torture.

Le département d’État des États-Unis, qui commente rarement les cas précis concernant des militants pour les droits de la personne en Arabie saoudite, a réagi par voie de communiqué mercredi en se disant déçu de la sentence.

«L’exercice pacifique de droits universels ne devrait jamais être une infraction punissable», a déclaré le ministère américain. Il s’agit d’un autre signe de tensions grandissantes entre l’administration de Joe Biden et le régime saoudien.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.