Un dépliant à Plattsburgh encourage les demandeurs d’asile à traverser au Canada

OTTAWA — Un dépliant circule aux États-Unis pour encourager les demandeurs d’asile à traverser la frontière au chemin Roxham, décrit comme «le passage irrégulier et non officiel» pour entrer au Canada.

Le feuillet d’une page, sur lequel le député Louis Plamondon de Québec debout a mis la main, porte le logo de Plattsburgh Cares, un organisme qui vient en aide aux réfugiés. Il détaille la marche à suivre pour les demandeurs d’asile qui souhaitent se rendre au Canada de façon irrégulière.

Les migrants y apprennent qu’ils auront besoin d’un taxi pour se rendre au chemin Roxham et que la course ne devrait pas leur coûter plus de 77,50 $.

Le dépliant leur recommande d’emporter tous leurs bagages avec eux puisqu’ils ne pourront traverser qu’une fois. Il explique que rendus au Canada, ils pourront faire une demande d’asile en vertu de la constitution canadienne.

Il donne des détails sur le processus, de l’arrestation par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) après la traversée irrégulière jusqu’à l’entrevue avec un fonctionnaire de l’immigration.

La ville de Plattsburgh où le dépliant circule est située à un peu moins de 50 kilomètres du chemin Roxham à Saint-Bernard-de-Lacolle où quelques milliers de demandeurs d’asile ont traversé depuis l’été dernier.

L’organisme Plattsburgh Cares a refusé de s’expliquer en entrevue. Dans un courriel non signé, il écrit que son intention est d’aider les gens vulnérables.

«Une part de cette mission humanitaire consiste à fournir des renseignements de base, non juridiques, pour que les gens ne soient pas perdus ou abandonnés et sachent comment obtenir le soutien légal ou autre dont ils ont besoin pour prendre les meilleures décisions pour eux et leurs familles», précise l’organisme.

Le ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, a indiqué jeudi que le gouvernement avait contacté l’organisme pour lui demander de corriger le dépliant et d’y inclure des informations sur la façon régulière de demander le statut de réfugié.

«Si vous n’avez pas besoin de la protection du Canada, vous ne devriez pas utiliser le système d’asile, a rappelé M. Hussen. Si vous le faites (quand même), vous serez déporté.»

Il a invité Plattsburgh Cares à donner l’information sur les autres programmes qui permettent aux immigrants de s’installer au pays en suivant les règles.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, presse le gouvernement fédéral de travailler davantage «en amont».

«Il n’y a pas de parcours de luxe pour devenir citoyen canadien, a-t-il rappelé. Il faut distinguer la véritable situation de réfugié des démarches de migration économique et je pense que ce travail doit être fait et doit continuer.»

Élargir ou déchirer l’entente?

Le dépliant signale qu’en vertu de l’Entente sur les tiers pays sûrs, les demandeurs d’asile qui se rendent aux postes frontaliers officiels canadiens seront retournés aux États-Unis.

«Si vous êtes refoulé du Canada, il pourrait vous être interdit d’y faire une demande de statut de réfugié, peut-on lire. Il est également très probable que vous serez arrêté par le gouvernement américain et mis en prison. Même si vous n’êtes pas détenu, vous pourriez être déporté des États-Unis.»

Pour les conservateurs, ce dépliant demeure la preuve que la stratégie du gouvernement Trudeau pour gérer la crise est insuffisante.

«Ils ont accéléré l’obtention des permis de travail, l’accès aux soins de santé, ils ont dit qu’ils allaient transférer les gens dans d’autres régions du pays, a énuméré la députée Michelle Rempel. Ils ont fait tout ce qui est possible pour donner des incitatifs aux gens pour qu’ils continuent de venir.»

La seule solution, à son avis, est de retourner les demandeurs d’asile aux États-Unis en appliquant l’Entente sur les tiers pays sûrs à l’ensemble de la frontière canado-américaine.

En vertu de cette entente, la plupart des personnes arrivant au Canada dans les aéroports et les postes frontaliers sont refoulées. Elles doivent plutôt faire leur demande de statut de réfugié aux États-Unis, le premier pays où elles ont mis le pied. C’est ce qui inciterait certains migrants à traverser de façon irrégulière au chemin Roxham.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), Québec debout et le Bloc québécois sont tous en désaccord avec la solution des conservateurs. Il faudrait plutôt suspendre l’entente, selon eux, pour inciter les migrants à utiliser les voies officielles.

«Qu’est-ce qu’il attend le ministre, un Lonely Planet ou un Guide Michelin des migrants avant d’agir?, a demandé le député Luc Thériault, de Québec debout. À un moment donné, qu’il mette ses culottes, qu’il aille voir les autorités américaines et qu’il règle le problème une fois pour toutes.»

«Le problème, ce n’est pas les organismes communautaires, a fait valoir le chef parlementaire du Bloc québécois, Xavier Barsalou-Duval. (…) Le problème est la manière dont les frontières sont gérées en raison de l’Entente sur les tiers pays sûrs qui fait en sorte qu’on incite les gens à passer à côté des postes frontaliers.»

Le ministre Hussen a répété qu’il n’y a actuellement aucune négociation entre les gouvernements canadien et américain concernant l’Entente sur les tiers pays sûrs.

Il devait répondre aux questions de l’opposition jeudi soir dans le cadre d’un examen du budget de son ministère.