Un dirigeant de Facebook a eu un accès privilégié à des ministres fédéraux

OTTAWA — Un dirigeant de Facebook qui a déjà entretenu des liens étroits avec le Parti libéral du Canada a dû expliquer, jeudi à Ottawa, comment il avait eu un accès privilégié à d’influents ministres fédéraux, alors que le géant des médias sociaux ne compte aucun lobbyiste inscrit officiellement au registre national.

Témoignant jeudi devant un comité des Communes, Kevin Chan, directeur mondial et chef de la politique publique chez Facebook Canada, a été interrogé sur ses rencontres en haut lieu avec le pouvoir fédéral, notamment avec le ministre des Finances, Bill Morneau. M. Chan avait été directeur des politiques auprès de Michael Ignatieff, chef des libéraux fédéraux de 2008 à 2011.

Il a expliqué jeudi que la Loi sur le lobbying ne l’obligeait pas à s’enregistrer puisque la part de ses activités consacrée à ce domaine était bien en deçà du seuil de 20 pour cent permis par la loi.

Le comité des Communes tenait jeudi des audiences sur l’«atteinte à la sécurité des renseignements personnels associée à Cambridge Analytica et Facebook», à l’instar d’autres élus et de responsables dans le monde. On a appris récemment que les renseignements personnels de quelque 87 millions d’abonnés de Facebook — dont plus de 620 000 Canadiens — avaient été utilisés de façon inappropriée à des fins électoralistes.

Pendant un échange musclé avec le député néo-démocrate Charlie Angus, vice-président du Comité permanent de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique, M. Chan a expliqué que sa rencontre avec Bill Morneau, par exemple, n’était destinée qu’à montrer au ministre des Finances comment organiser un événement en direct sur Facebook afin de diffuser son discours sur le budget.

M. Angus a répondu que lorsqu’une ampoule grille chez lui, il n’appelle pas à la rescousse le président de General Electric. «Et vous, vous vous déplacez pour aider (le ministre Morneau) à obtenir plus de « j’aime »?», a lancé le député néo-démocrate. «N’est-ce pas une énorme perte de temps pour quelqu’un comme vous?»

«Si vous voulez absolument présenter la chose de cette façon: oui, monsieur, c’est ce que je fais dans la vie, et j’en suis fier», a répondu M. Chan.

À la suite de ce témoignage, le fondateur de l’organisme Démocratie en surveillance a indiqué qu’il songeait à déposer une plainte auprès de la commissaire au lobbying du Canada. Duff Conacher se demande pourquoi Facebook n’a enregistré aucun lobbyiste à Ottawa, contrairement à d’autres géants d’internet comme Google.

Le comité des Communes a aussi entendu jeudi le directeur adjoint de la protection des renseignements personnels chez Facebook. Témoignant par visioconférence depuis la Californie, Robert Sherman a déclaré que seulement 272 Canadiens avaient installé l’application qui a permis à des entreprises d’accéder aux renseignements de 622 000 autres utilisateurs au Canada.

Talonné par les députés, il a aussi admis qu’il était possible qu’une «petite quantité» de messages privés d’utilisateurs de Facebook aient pu être partagés sans leur consentement, dans le cadre du scandale Cambridge Analytica. «Ça reste à confirmer», a dit M. Sherman, tout en présentant les excuses de Facebook, comme l’avait fait M. Chan.

En écho aux déclarations du grand patron de Facebook, Mark Zuckerberg, plus tôt ce mois-ci, M. Chan a admis que l’entreprise n’avait pas été à la hauteur pour sécuriser la plateforme.