Un été bien différent attend les Canadiens, à cause de la COVID-19

TORONTO — Le nouveau coronavirus a déjà mis la hache dans plusieurs grands événements qui ponctuent généralement l’été des Canadiens, allant des festivals de musique aux films à grand déploiement, en passant par les nombreuses manifestations culturelles.

Au moment où de nombreux passe-temps estivaux sont en voie d’être annulés ou modifiés, les experts assurent que cela ne signifie pas nécessairement que l’été 2020 sera à l’eau.

De toute évidence, l’été sera été bien particulier, a évoqué Matti Siemiatycki, le directeur de l’Institut de recherche de l’Université de Toronto, School of Cities, dont la famille a adopté les communications par vidéoconférence et les marches quotidiennes à l’extérieur pour s’aérer l’esprit.

La perspective d’un été ennuyeux est cependant préférable, a indiqué un dirigeant de la santé publique, à la levée soudaine des restrictions qui pourrait entraîner une hausse du nombre de cas ou de décès, sans parler des conséquences économiques dévastatrices qui pourraient se poursuivre encore longtemps.

Pour le commun des mortels, la perspective que les parcs, les piscines municipales, les terrains de jeu et les centres récréatifs soient fermés tout l’été «sera pénible d’un point de vue culturel et psychologique», a noté M. Siemiatycki, en rappelant que la longueur de l’hiver canadien contribue à rendre les semaines d’été si précieuses pour la population.

«L’été, c’est la saison des festivals ici au Canada, et perdre ça, c’est énorme d’un point de vue culturel, sans parler des conséquences économiques», a poursuivi M. Siemiatycki, en soulignant que les restaurants et l’industrie touristique seront particulièrement touchés.

«Que ce soit dans un événement sportif ou dans un petit festival, il faudra tout repenser — à court terme, du moins — sur la manière d’accueillir et de se regrouper, a-t-il ajouté. Et ça, ça signifie qu’il y aura des conséquences sur les liens qui unissent les différentes communautés d’une même société, ainsi que sur la relance commerciale (et) financière.»

Les gouvernements et les responsables de la santé publique ont demandé à la population de faire preuve de patience alors qu’ils réfléchissent à la manière et au moment de procéder au déconfinement. Le premier ministre ontarien Doug Ford a d’ailleurs rappelé que même son neveu âgé de 12 ans lui demande sans arrêt s’il pourra se rendre au camp de jour, comme c’est le cas chaque été.

«Je lui ai dit: ‘Je ne peux pas te répondre’, a déclaré M. Ford plus tôt cette semaine. Il a rétorqué: ‘Et bien, trouve la réponse et donne-moi la dès que tu sauras’».

Certes, la COVID-19 aura un éventail de conséquences sur notre capacité à profiter de l’été.

L’interruption des activités dans le sport professionnel aura de toute évidence des conséquences pour les amateurs de sport qui établissent leur agenda en fonction des événements auxquels prennent part leurs athlètes favoris, a relaté M. Siemiatycki. Cependant, même les amateurs de sport occasionnels ressentiront l’absence d’effervescence qui entoure habituellement de grands événements tels que Wimbledon, la série de championnat de la NBA et, bien sûr, les Jeux olympiques d’été, qui ont été reportés à 2021.

Keith Dobson, un professeur de psychologie à l’Université de Calgary, a dit que la perte de ces événements aura un impact différent sur chaque individu. Il s’attend cependant à ce que ce sentiment de «vide», déjà présent chez plusieurs ménages, soit exacerbé.

Il a cité le «paradoxe» des mesures de confinement, qui, à une période pendant laquelle la température est à la hausse, empêcheront les Canadiens de profiter des journées chaudes.

«Alors que nous devrions être dehors et profiter de la température clémente, nous serons frustrés», a confié M. Dobson, qui craint que cela pousse plusieurs personnes à enfreindre les directives gouvernementales et à se diriger vers la plage, par exemple.

«On peut prédire sans se tromper, en fait, que les signes de dépression s’accentueront au fur et à mesure que nous approcherons de l’été», a-t-il conclu.