Un ex-patron du SCRS demande au Canada de faire un examen de conscience

OTTAWA — Un ancien patron du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) estime que le Canada est assis sur ses lauriers à un moment de menaces et de bouleversements planétaires croissants.

Richard Fadden fait notamment référence à des dysfonctionnements du côté de certains alliés occidentaux et à l’agressivité de la Chine et de la Russie.

Selon Richard Fadden, qui est aussi un ancien conseiller en matière de sécurité nationale auprès des premiers ministres Stephen Harper et Justin Trudeau, le Canada doit faire un examen de conscience pour s’assurer qu’il est prêt à faire face à ces nouvelles réalités.

Cela implique de cerner ses adversaires et de fixer des limites claires à ce que le Canada peut accepter de leur part. Toujours selon l’ex-patron du SCRS, il faut accepter que les États-Unis ne soient pas sur le point de reprendre leur rôle de leader traditionnel sur la scène mondiale et qu’il faut se rallier aux alliés occidentaux pour faire face à ces menaces.

«Plus que tout, nous devons nous débarrasser de nos oeillères du passé et voir le monde et notre place dans celui-ci», a déclaré Richard Fadden lors d’un discours alors qu’il acceptait un prix de l’Institut de la CDA (Conference of defense associations institute).

Parce que les États-Unis ne sont plus l’unique superpuissance du monde, le Canada doit assumer ses propres valeurs et ses propres idées plus que jamais, selon lui.

«Nous devons défendre nos valeurs et nos idées plus que par le passé. Pour cela, nous devons faire preuve de patience et de cohérence, et il faut accorder les ressources pour le faire.»

Bien que Richard Fadden ait souvent exprimé ses inquiétudes quant à l’incapacité du Canada à s’adapter rapidement à l’évolution des menaces, son plus récent avertissement présente un intérêt supplémentaire dans un contexte où le premier ministre Justin Trudeau et les autres dirigeants de l’alliance militaire de l’OTAN se réunissent à Londres au début du mois prochain.

Le président français, Emmanuel Macron, a déclaré, la semaine dernière, que l’alliance souffrait d’une «mort cérébrale» en raison du manque de leadership américain et de l’incertitude quant à l’engagement des États-Unis dans cette organisation vieille de 70 ans.

Justin Trudeau et d’autres dirigeants ont défendu la pertinence de l’alliance, mais les commentaires d’Emmanuel Macron touchaient néanmoins une question qui préoccupe plusieurs analystes depuis un certain temps, particulièrement depuis l’élection du président américain Donald Trump.

Dans son discours, Richard Fadden a mis le Canada en garde contre l’ascension de la Russie et de la Chine et leur volonté de défendre leurs intérêts au détriment de l’Occident.

Le déclin du leadership américain, l’incapacité des démocraties occidentales à s’unir et à combler le vide laissé par Washington, la croissance de la radicalisation menant à la violence, et les cybermenaces ont également été évoqués par l’ex-patron du SCRS.

De nombreux pays occidentaux n’ont pas encore pris les mesures nécessaires pour faire face à ces menaces et réalités, a-t-il averti — et cela doit changer.

«Ce problème est particulièrement visible au Canada», a-t-il déclaré. «Nous sommes entourés de trois océans et des États-Unis, alors nous ne nous sentons pas vraiment menacés. Mais dans une société complètement mondialisée, cela n’est pas réaliste… Plus que tout, nous avons besoin d’une vision claire du monde et de notre place dans celui-ci.»

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