Un expert lance un appel à la prudence face au nouveau variant de la COVID-19

MONTRÉAL — L’apparition d’un nouveau variant de la COVID-19 au pays et ailleurs dans le monde en inquiète plusieurs en raison de sa possible propagation plus rapide et plus facile. Un expert des coronavirus depuis près de 40 ans invite toutefois à la prudence avant de s’alarmer. 

Professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Pierre Talbot évoque que ce variant (une accumulation de mutations) est un parmi tant d’autres depuis l’arrivée de la COVID-19, il y a un an. 

«Il y a eu plusieurs centaines de variants qui sont apparus et qui sont disparus. Le virus est complètement en mouvance. Dans le cycle de vie du coronavirus, c’est absolument normal», évoque M. Talbot. 

Selon lui, il ne faut pas s’inquiéter.  «On doit plus se concentrer sur la vaccination, des choses comme ça, qui ont un effet bénéfique sur le profil de contagiosité du virus. Ce variant est peut-être important, mais on ne le sait pas encore», soutient-il, précisant qu’il est aussi prématuré de changer quoi que ce soit dans les consignes sanitaires.

En fin de semaine, l’Ontario a annoncé avoir identifié les trois cas confirmés au pays du variant de la COVID-19 détecté une première fois au Royaume-Uni. Il a aussi été retracé dans plusieurs autres pays, dont le Danemark, la Belgique, l’Australie et les Pays-Bas.

L’Agence de la santé publique du Canada évoque que les premières données suggèrent que ce nouveau variant pourrait être plus transmissible. 

«Ça ne rend pas le virus plus virulent ou ça n’en fait pas une maladie plus grave. Il n’est pas plus mortel, mais il est beaucoup plus contagieux. Ça va être plus difficile de le contrôler», soutient l’épidémiologiste Nimâ Machouf qui s’inquiète pour la capacité du réseau de la santé, déjà saturé. 

Elle croit que les mesures actuelles face à ce variant sont probablement suffisantes, mais la population doit les respecter davantage. 

Ce nouveau variant serait en circulation depuis quelques mois déjà, estiment les deux experts. 

Les recherches en cours jusqu’à présent indiquent que le variant n’a pas eu d’incidence sur l’efficacité du vaccin. 

L’impact des comportements humains

M. Talbot croit qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions sur l’impact de ce variant. L’hypothèse que cette forme serait entre 50% et 70% plus contagieuse demeure théorique. Sa différence biologique reste à prouver, avance-t-il.

«Ça va prendre des mois et des mois pour relier la mutation du nouveau variant avec la contagiosité du virus. Je pense qu’on met trop d’emphase sur ce nouveau variant sans en connaître l’importance. À mon avis, la transmission plus rapide, c’est plus par des facteurs humains que par la mutation du virus», expose-t-il.

Si les comportements humains ont un impact sur la contagion, Nimâ Machouf estime qu’une modification du virus a probablement aussi une part de responsabilité dans la vitesse de propagation. 

Elle souligne que contrairement à d’autres régions du monde, l’augmentation du nombre de nouveaux cas en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord est proportionnellement plus élevée que le taux de mortalité. 

«Ce sont certainement des souches qui ont des virulences différentes qui sont en circulation», mentionne-t-elle, qui ajoute que des tests génotypiques doivent être réalisés pour le confirmer. 

D’autres facteurs peuvent influencer la réduction du taux de mortalité, comme une infection plus importante chez les jeunes ou que les soignants savent mieux traiter les patients, mais cela n’explique pas tout, précise Dre Machouf. 

Au Québec, selon les données publiées dimanche par le ministère de la Santé, 6783 nouveaux cas ont été signalés  du 24 au 26 décembre. Au cours de la seule journée de samedi, 2291 cas supplémentaires ont été rapportés. La province n’a pas encore rapporté de cas en lien avec le nouveau variant. 

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