Un expert réclame une enquête approfondie sur l’attaque de grizzly au Yukon

Un expert des grizzlys affirme que les attaques mortelles, comme celle dont ont été victimes une femme et son bébé au Yukon, sont inhabituelles et qu’il est donc important de mener une enquête approfondie sur les circonstances du drame.

Selon le bureau du coroner du Yukon, Valérie Théorêt, âgée de 37 ans, et sa fille Adèle Roesholt, âgée de 10 mois, ont perdu la vie lundi dans la région du lac Einarson, près de la frontière des Territoires du Nord-Ouest. Mme Théorêt était originaire du Québec et vivait au Yukon depuis 2005.

Le bureau du coroner confirme que les services d’urgence ont reçu un appel vers 15h45. Un trappeur, Gjermund Roesholt, a déclaré avoir été attaqué par un grizzly à environ 100 mètres de la cabane qu’il partageait avec sa femme et sa fille.

L’homme a affirmé avoir abattu l’ours avant de retrouver le corps de sa femme et de son bébé tout juste à l’extérieur de la cabane.

Valérie Théorêt enseignait l’immersion française en sixième année à l’école primaire Whitehorse, a indiqué le ministère de l’Éducation. Elle était en congé de maternité et se trouvait dans la région avec sa famille depuis environ trois mois.

Des proches ont affirmé qu’elle était une enseignante et une mère dévouée. Elle était active dans la communauté de Whitehorse, où elle jouait au soccer et était membre d’une chorale.

Mme Théorêt était membre de l’Association franco-yukonnaise, selon la présidente de l’organisation, Isabelle Salesse. «Chaque fois que je l’ai rencontrée, elle était souriante et positive», a dit Mme Salesse au «Whitehorse Star».

L’une des coéquipières de soccer de Mme Théorêt s’est également souvenue d’elle comme d’une femme positive, amicale et énergique. «Nous sommes très attristés par l’annonce de sa mort», a déclaré Barbara Chamberlin.

Comprendre ce qui s’est passé

Chris Servheen, qui a travaillé pendant 35 ans comme coordonnateur du rétablissement du grizzly pour le service américain Fish and Wildlife, soutient que les attaques mortelles sont rares.

D’après l’expert, qui a enquêté sur les huit dernières attaques mortelles impliquant des grizzlys, plusieurs scénarios sont possibles pour expliquer le comportement de l’ours.

«Ce qui s’est passé est très regrettable, en particulier lorsqu’une femme et une enfant sont impliquées, a-t-il commenté dans une entrevue accordée depuis Missoula, au Montana. C’est une situation très triste, que personne n’aime voir se produire, et c’est pourquoi il est si important de comprendre ce qui s’est passé.»

M. Servheen croit qu’il serait «utile d’essayer de comprendre pourquoi c’est arrivé» en reconstituant de manière précise le déroulement du drame.

Selon le spécialiste, les victimes auraient pu tomber sur l’ours par hasard en marchant autour de la cabane et le surprendre alors qu’il se trouvait tout près.

Il avance aussi l’hypothèse que l’animal était peut-être affamé et qu’il cherchait de la nourriture autour de la cabane. L’animal aurait pu même cibler la femme et l’enfant comme des proies, avance l’expert américain. «Il y a déjà eu des cas comme ça dans le passé», souligne-t-il.

Ces théories pourraient être validées par une analyse des déplacements des victimes et de l’animal, suggère-t-il.

Chris Servheen conseille aussi aux enquêteurs d’examiner l’état de santé de l’ours.

«Était-il dans un piteux état? Était-il vieux? Avait-il de mauvaises dents? Ce genre d’informations peuvent donner une idée des motivations potentielles du grizzly», explique l’expert.

Il a ajouté que les mâles et particulièrement ceux en mauvaise condition sont souvent les derniers à rentrer dans leur tanière pour l’hiver.

Le bureau du coroner indique qu’une enquête est en cours sur la mort de Mme Théorêt et de son enfant. La Gendarmerie royale du Canada, son service d’identification judiciaire et le ministère de l’Environnement du Yukon participent à l’enquête.

Les plus populaires