Un expert suggère de stimuler l’industrie canadienne des vaccins

OTTAWA — Un expert du milieu de la santé et membre du groupe de travail du gouvernement fédéral sur la COVID-19 estime que la pandémie devrait être considérée comme un signal d’alarme pour que le Canada crée sa propre capacité de fabrication de vaccins au pays. 

Le docteur Alan Bernstein dit qu’avec l’émergence de nouveaux variants du coronavirus, les Canadiens pourraient avoir besoin de plusieurs vaccins pendant de nombreuses années. 

Le gouvernement devrait s’y mettre le plus tôt possible, a soutenu le docteur Bernstein, qui dirige aussi l’Institut canadien de recherches avancées (ICRA).

Selon lui, le pays a besoin de cette capacité de fabrication pour gérer les prochaines pandémies, et celle-ci — avec les nouveaux variants, on aura probablement besoin de vaccins de deuxième et de troisième génération pour les deux ou trois prochaines années, a-t-il expliqué.

Vendredi, Moderna a annoncé que des retards de production contribueraient à diminuer les prochaines livraisons de doses de vaccin au Canada. Pfizer et BioNTech avaient déjà annulé une livraison entière de leur vaccin contre la COVID-19 au Canada cette semaine, après avoir réduit son expédition précédente de 20 %, en raison d’un ralentissement temporaire de ses activités pendant que son installation de production en Belgique est en cours de modernisation. 

Le docteur Bernstein a indiqué qu’il fallait s’attendre à des «contretemps» avec les expéditions de vaccins, mais cela ne devrait pas empêcher le gouvernement de faire pression sur les sociétés pharmaceutiques pour assurer des livraisons en temps opportun.

«C’est une chose de faire un essai où vous fabriquez suffisamment de vaccins pour vacciner 60 000 personnes. C’est une question totalement différente lorsque vous augmentez pour vacciner non seulement 35 millions de Canadiens, mais environ un milliard de personnes en Europe occidentale et en Amérique du Nord, sans parler du reste du monde», a-t-il souligné.

Si Pfizer et Moderna tiennent leur promesse de livrer six millions de doses d’ici la fin du mois de mars, cela exercera une énorme pression sur le gouvernement fédéral et les provinces pour qu’ils finissent de vacciner en temps opportun jusqu’à trois millions de personnes dans les huit prochaines semaines, selon l’expert.

«C’est beaucoup de gens à vacciner en très peu de temps. Les provinces ont donc leur travail à faire aussi bien qu’Ottawa pour exiger des comptes à ces entreprises», a-t-il avancé.

Selon le docteur Bernstein, le fait que les Canadiens s’inquiètent des retards dans la livraison des vaccins suggère que «l’hésitation à la vaccination» tant redoutée n’est peut-être pas aussi répandue que les experts de la santé le craignaient autrefois.

Les pays en voie de développement

Et même si cela est contre-intuitif, les Canadiens et les citoyens d’autres pays développés doivent accepter le fait que 5 à 10 % de leurs approvisionnements en vaccins soient destinés aux pays moins développés, a ajouté le spécialiste.

Sinon, a-t-il dit, le commerce mondial et le tourisme international en souffriront, et ce sera également au détriment des pays riches.

«Nous nous faisons des illusions si nous pensons qu’en vaccinant tous les Canadiens, nous sommes en sécurité. Nous ne le sommes pas, car il y aura des mutations et des gens se déplaceront, malgré l’interdiction des transports annoncée par le premier ministre», a prévenu le docteur Bernstein, qui est aussi fondateur des Instituts de recherche en santé du Canada et membre du comité consultatif scientifique de la Fondation Bill et Melinda Gates.

Cela signifie qu’un Canadien de 20 ans par ailleurs en bonne santé devra peut-être aussi comprendre qu’il n’est pas dans son intérêt de se faire vacciner avant une personne âgée d’un pays plus pauvre, a-t-il suggéré.

«Nous sommes une nation commerçante. Et donc si nous ne pouvons pas échanger nos marchandises avec d’autres pays, et vice versa, parce que nous ne voulons pas que des gens entrent, ou même des objets provenant d’autres pays, ce jeune de 20 ans va souffrir parce qu’il ou elle va perdre son emploi», a-t-il expliqué.

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