Un festival au Liban annule le concert d’un groupe au coeur d’une controverse

BEYROUTH — Un festival international de musique au Liban a annoncé mardi qu’il annulait le concert d’un groupe de rock populaire au Moyen-Orient dont le chanteur est ouvertement gai.

Les organisateurs semblent avoir cédé à la pression de groupes chrétiens qui réclamaient depuis une semaine l’annulation du spectacle et aux menaces proférées sur internet.

Le Festival international de Byblos a publié une déclaration affirmant avoir pris une décision «sans précédent» en annulant la représentation du groupe Mashrou’ Leila «pour éviter une effusion de sang et préserver la sécurité et la stabilité».

«Nous nous excusons pour ce qui est arrivé et nous nous excusons auprès du public», ajoutent les organisateurs.

Des leaders chrétiens et des politiciens conservateurs ont déclenché une vague d’indignation sur les médias sociaux cette semaine en demandant l’annulation du concert de Mashrou’ Leila prévu le 9 août, accusant le groupe libanais de blasphème et affirmant que certaines de ses chansons constituaient une insulte au christianisme. Le groupe, connu pour sa musique entraînante et ses paroles qui défient les normes du monde arabe conservateur, s’est rapidement retrouvé au centre d’un débat animé sur la liberté d’expression.

En ligne, certains internautes ont écrit des messages laissant penser qu’ils prendraient des moyens violents pour interrompre le concert.

Le groupe a publié une déclaration dans laquelle il dit regretter la campagne de diffamation et les fausses accusations qui ont conduit à l’annulation du concert.

«Notre respect pour les croyances des autres est aussi solide que notre respect du droit d’être différent», affirment ses membres.

«Nous avons subi un procès dans les rues, nous avons été jugés et condamnés par tous ceux qui le souhaitaient. C’est une rupture avec la logique de l’État, qui s’attaque au cœur de notre sentiment de sécurité et à notre capacité à être artistiques et créatifs.»

Un déluge de protestations

Cette annulation a provoqué un déluge de protestations et une campagne de solidarité avec le groupe sur les médias sociaux.

«C’est un pas en arrière pour le Liban, qui s’est toujours targué de promouvoir la diversité et d’être un carrefour de la musique, des arts et de la culture», a écrit sur Twitter Aya Majzoub, chercheuse sur le Liban à Human Rights Watch.

Amnistie internationale a estimé que la décision d’annuler le spectacle était un «indicateur alarmant» de la détérioration de la liberté d’expression au Liban.

Le groupe est un défenseur des droits des minorités sexuelles dans le monde arabe et chante régulièrement sur des sujets controversés tels que le sectarisme, la corruption et d’autres problèmes sociaux et politiques.

Ils avaient déjà étaient bannis en Jordanie et en Égypte, mais au Liban, un pays plus progressiste où le groupe s’est produit à de nombreuses reprises, cette censure est nouvelle.