Un filtre entre le premier ministre Justin Trudeau et l’Aga Khan

OTTAWA — Comme promis, le premier ministre Justin Trudeau élève un filtre entre lui et l’Aga Khan. Les détails de son engagement ont été publiés, vendredi, sur le site internet du commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique.

M. Trudeau s’engage donc à s’abstenir «concernant toute question, discussion ou décision, autre que (sa) participation à des activités ou rencontres de nature protocolaire, visant spécifiquement les intérêts de l’Aga Khan et de ses institutions».

«Je m’engage à informer le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique de toute affaire qui se présente devant moi qui se rapporte ou devrait faire partie de l’objet du filtre anti-conflits afin d’éviter un conflit d’intérêts», peut-on lire dans la déclaration de M. Trudeau publiée sur le site du commissaire.

Le filtre anti-conflits sera administré par le chef de cabinet du premier ministre et le greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet. Si une affaire quelconque liée à l’Aga Khan devait échapper à ce filtre, M. Trudeau promet de se récuser et d’en informer le commissaire Mario Dion.

Fin décembre, Mary Dawson, qui occupait le poste de commissaire avant M. Dion, a conclu que M. Trudeau avait enfreint la Loi sur les conflits d’intérêts en se rendant sur l’île privée de l’Aga Khan en compagnie de sa famille et d’amis. Le voyage avait eu lieu pendant les fêtes de fin d’année en 2016.

M. Trudeau s’était empressé d’accepter les conclusions de l’enquête de la commissaire Dawson. «Je prends la responsabilité entière», avait-il déclaré pendant le point de presse qu’il avait lui-même convoqué. Il avait aussi, à ce moment-là, promis qu’on ne l’y reprendrait plus.

Un rapport accablant

Au moment où, «en tant que premier ministre», il a «accepté le cadeau d’hospitalité de l’Aga Khan, (…) des rapports officiels étaient en cours avec l’Aga Khan, et la Fondation Aga Khan Canada était enregistrée à titre de lobbyiste auprès de son cabinet», a-t-on pu lire dans le rapport de Mme Dawson. Par conséquent, «les vacances acceptées par M. Trudeau et sa famille pourraient raisonnablement donner à penser qu’elles ont été offertes pour l’influencer dans l’exercice de sa charge de premier ministre», a-t-elle conclu. 

Même s’il a accepté la remontrance, le premier ministre a toujours maintenu qu’il n’a pas mêlé plaisir et affaires d’État avec son richissime hôte. Et il a continué à dire que l’Aga Khan était un ami alors que Mme Dawson a écrit que «la nature de (leurs) rapports ne permet pas d’établir que les deux hommes entretiennent une relation d’amitié». La Loi sur les conflits d’intérêts permet une exception dans les cas de cadeaux d’amis, exception qui ne s’appliquait pas dans ce cas-là, a jugé Mme Dawson.

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