Un financement compromis pour les recherches autres que celles sur la COVID-19

OTTAWA — Les Instituts de recherche en santé du Canada ont interrompu leur processus habituel d’octroi des subventions en raison de la COVID-19, ce qui pourrait entraîner des problèmes de financement pour les autres recherches dans le domaine de la santé. 

Les IRSC ont annulé l’octroi ce printemps de 275 millions $ afin de concentrer les subventions fédérales sur les enjeux relatifs au nouveau coronavirus. 

Les chercheurs misent sur ce financement, et le Dr Tarik Moroy, le président de la Société canadienne pour les biosciences moléculaires, a souligné qu’un report de ces subventions entraînera un ralentissement du travail sur d’autres enjeux en matière de santé. 

Il a rappelé devant un comité de la santé de la Chambre des communes la semaine dernière que le Canada est le seul pays où un important organisme national de financement de la recherche en santé a annulé ses subventions pendant la pandémie.

Il a admis que le Canada avait réagi rapidement afin de distribuer les fonds nécessaires à la recherche contre la COVID-19, mais s’est dit préoccupé par les conséquences à long terme de cette décision.

«Nous sommes inquiets que cette décision ait été prise aux dépens d’autres recherches scientifiques en santé qui seront toujours nécessaires une fois que la pandémie sera terminée», a confié M. Moroy devant le comité.

Les IRSC ont dit que le report des subventions avait été une décision difficile à prendre, et que M. Moroy avait raison quant aux conséquences que le report de celles-ci pourrait avoir sur les recherches scientifiques.

«Le processus d’octroi des subventions se déroule deux fois par année depuis 15 ans», a souligné Adrian Mota, un vice-président associé aux recherches aux IRSC.

«L’annulation de ce processus aura un impact déterminant sur les personnes qui tentent de faire avancer leurs recherches, alors qu’elles tentent de maintenir les activités de leur laboratoire. Elles perdront cette opportunité pour une période pouvant aller de quatre à six mois», a-t-il reconnu.

Pour les entreprises qui misent sur les subventions pour rémunérer leur personnel, la perte de celles-ci pourrait avoir un impact majeur, a-t-il admis. La perte du personnel est particulièrement alarmante compte tenu du fait que ce sont souvent des employés spécialisés, et qu’il peut être difficile de les rapatrier par la suite. Il faudra donc entraîner de nouveaux employés dès que les subventions seront de nouveau disponibles, a évoqué M. Mota. 

Ce dernier a précisé que tous ces enjeux ont été pris en compte alors que les IRSC tentaient d’aller de l’avant pendant la pandémie.

Les IRSC font partie des nombreuses agences de financement qui ont tenté d’acheminer rapidement des fonds aux chercheurs qui tentent de comprendre la COVID-19, ses conséquences ainsi que de développer d’éventuels traitements. M. Mota s’attend à ce que les agences fédérales versent environ 200 millions $ en subventions dans la lutte contre la COVID-19.

En plus, le personnel des IRSC a dû trouver une façon de faire du télétravail, a évoqué M. Mota.

D’autre part, les IRSC ont promis qu’ils lanceraient leur prochain processus d’octroi des subventions tel que prévu, à l’automne, même s’ils pourraient devoir analyser les candidatures à distance.