Un groupe explorera l’idée d’un budget carbone pour le Canada

OTTAWA — Le coprésident d’un groupe d’experts mis sur pied pour conseiller le gouvernement canadien sur la façon d’atteindre la cible de «zéro émission nette» étudie l’idée des «budgets carbone» pour mesurer les progrès dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Dan Wicklum explique que le Groupe consultatif pour la carboneutralité a rédigé un rapport résumant ce que d’autres groupes au Canada et ailleurs dans le monde avaient suggéré jusqu’ici pour neutraliser les émissions liées au carbone d’ici 2050.

Le gouvernement libéral a récemment adopté une loi qui impose cet objectif, ce qui signifie que d’ici 2050, toutes les émissions de gaz à effet de serre devront être compensées par d’autres mesures.

Un groupe indépendant de 14 experts issus des secteurs du climat, du travail et des affaires a été créé en février pour fournir au gouvernement des conseils et des recommandations sur la façon d’atteindre ce nouvel objectif.

Son premier rapport indique que l’un des principes qui éclaireront les travaux futurs du groupe est la nécessité d’«agir de toute urgence» — de ne pas attendre trop longtemps et réduire les émissions plus énergiquement.

Le comité a découvert que les plans les plus susceptibles d’atteindre la carboneutralité «sont ceux qui commencent maintenant, utilisent un budget carbone comme outil de base et augmentent l’ambition pour garder l’objectif de 2050 à portée de main».

En règle générale, un budget carbone définit le nombre d’émissions liées au carbone cumulées autorisées dans un certain laps de temps, ce qui, selon le rapport, signifie que la pollution doit chuter à un certain niveau d’ici une année donnée.

Le Parti vert du Canada avait poussé les libéraux à inscrire la budgétisation du carbone dans ses objectifs climatiques plus ambitieux, affirmant que des pays comme le Royaume-Uni utilisaient cette politique pour rester sur la bonne voie dans ses objectifs de réduction des émissions.

Les «budgets carbone»

M. Wicklum a déclaré dans une entrevue que bien que le comité consultatif ne recommande pas au Canada d’adopter une telle politique, les «budgets carbone» sont un moyen de mesurer les progrès. «Intuitivement, les gens comprennent les budgets», a souligné M. Wicklum, président et chef de la direction de Transition Accelerator, une organisation caritative. «Donc, le concept d’un budget carbone est certainement quelque chose que nous allons explorer.»

L’opposition conservatrice a critiqué ce comité consultatif, composé de soi-disant «activistes du climat» qui pourraient fournir des conseils néfastes au secteur pétrolier et gazier du pays, déjà touché par des pertes d’emplois.

Le porte-parole conservateur en matière d’environnement, Dan Albas, a soutenu mercredi que le rapport du comité consultatif soulève des éléments intéressants. Mais il estime que pour garantir la réduction des émissions «tout en attirant des emplois et des investissements», le comité devait s’appuyer sur l’expertise des sociétés pétrolières et gazières, qui sont essentielles dans la transition vers la carboneutralité. 

«Malheureusement, le gouvernement libéral a choisi d’écouter les militants antipétrole et antigaz au lieu de s’associer à l’industrie et aux provinces», a écrit M. Albas dans un communiqué.

Le chef conservateur Erin O’Toole, avec 115 de ses députés, a récemment voté contre l’adoption de la loi du gouvernement sur la carboneutralité — le projet de loi C-12 —, qui fixe des objectifs d’émissions quinquennaux jusqu’à 2050. Le Parti conservateur a été le seul parti d’opposition à voter contre C-12 aux Communes. 

M. Wicklum a déclaré que plus de 120 pays se sont fixé pour objectif d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050 et que le problème n’en est pas un qui oppose les provinces ou l’Ouest canadien à Ottawa. «Quand je pense au secteur pétrolier et gazier, ils doivent atteindre la carboneutralité à cause de cet impératif mondial, pas simplement à cause de ce que pense le gouvernement national actuel», a-t-il déclaré, ajoutant que le comité consultatif ne représente pas d’intérêts particuliers.

Le coprésident du comité souligne que le secteur des hydrocarbures, le plus important émetteur de tous les secteurs au Canada, élabore des plans d’expansion pour les sables bitumineux. «Ils travaillent dur pour réduire l’intensité de leurs émissions, mais parce qu’ils ont des plans pour augmenter leur production, leurs émissions devraient augmenter, ce qui n’est pas bien aligné avec le concept de carboneutralité.»

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