Un groupe souhaite qu’Ottawa finance des services de soutien au deuil

En divertissant les gens avec ses histoires, ses blagues et ses talents musicaux sur plusieurs instruments comme la batterie, le saxophone et les claviers, Gord Kudlak s’est fait aimer de toute sa communauté.

Il est décédé seul le jour du Vendredi saint dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital Saint-Boniface de Winnipeg, la ville où lui et son groupe Rewind ont ravi plusieurs fans avec des chansons doo-wop des années 1950.

«Dès que Gord entrait dans une pièce, il y avait de l’humour et les histoires sortaient», a raconté Norm Kudlak à propos de son frère de 68 ans, qui est mort d’une crise cardiaque.

Gerri Kudlak avait appelé une ambulance la nuit avant sa mort, mais son mari a été transporté sans elle en raison des restrictions physiques imposées pour lutter contre la pandémie de COVID-19, ce qui signifiait également qu’elle n’était pas autorisée à l’accompagner aux soins intensifs.

«Quand elle m’a téléphoné ce soir-là, le Vendredi saint, elle sanglotait. Elle a dit qu’elle n’avait même pas pu monter dans l’ambulance avec lui», a expliqué M. Kudlak.

L’exposition du corps a été limitée à 10 personnes, et les proches n’ont pas pu s’embrasser ou même se tenir les uns à côté des autres, a-t-il raconté.

M. Kudlak, 75 ans, vit seul et essaie de s’en remettre en demeurant en contact avec ses deux filles et sa famille élargie.

«En ce moment, je vais bien, mais je pense que plus nous continuerons de pratiquer la distanciation sociale et plus nous continuons à ne plus pouvoir nous réunir, cela aura probablement un impact sur ma santé, que ce soit physiquement ou émotionnellement», a-t-il déclaré.

Ces préoccupations sur les impacts à long terme du deuil sont partagées par les psychiatres, les psychologues, les travailleurs sociaux et les chercheurs qui ont formé l’Alliance canadienne pour le deuil, qui souhaitent un financement fédéral dans le cadre d’une stratégie nationale de lutte contre le deuil. Le groupe a été récemment réuni par le Portail palliatif canadien, qui fournit du soutien par le biais de ressources telles que MonDeuil.ca et DeuilDesEnfants.ca.

L’alliance aimerait obtenir 100 millions $ pour étendre les services communautaires existants au cours des trois prochaines années, y compris pour les travailleurs de la santé et les premiers intervenants souffrant de traumatismes liés au deuil, ainsi que pour une campagne de sensibilisation sur les stratégies d’adaptation. Elle demande également 10 millions $ pour la recherche.

Santé Canada, qui a reçu la demande, a déclaré dans un communiqué que le récent lancement par le gouvernement du portail Mieux-être ensemble Canada peut être utilisé pour aider les Canadiens à surmonter le chagrin causé par la perte d’un être cher.

Shelly Core, directrice générale du Portail palliatif canadien, a déclaré qu’elle était en pourparlers avec Santé Canada pour inclure les deux services en ligne du groupe — MonDeuil.ca et DeuilDesEnfants.ca — dans le portail fédéral.

Elle a déclaré que le financement des modules se terminera l’année prochaine et qu’ils ne sont pas liés à l’énorme besoin découlant de la pandémie et ne répondent pas aux besoins des personnes qui cherchent désespérément un lien humain avec un conseiller ou un thérapeute spécialisé en deuil.

«Ce ne peut être la seule réponse du Canada au deuil dans le pays», a déclaré Mme Core. «Il va y avoir beaucoup de gens qui, comme mon père de 83 ans, ne vont pas aller sur MonDeuil.ca et le parcourir. Ils vont mieux répondre à des appels téléphoniques, même à des appels Zoom.»

Marney Thompson, gestionnaire de l’équipe de counseling du Victoria Hospice, en Colombie-Britannique, a déclaré que la communauté des soins palliatifs a travaillé dur pour normaliser l’expérience de la mort, mais la distance physique signifie que de nombreuses familles éprouvent des difficultés émotionnelles parce qu’elles ne peuvent pas voir leurs proches dans leurs derniers jours.

«Je pense que nous espérons et nous nous attendons à être au chevet des personnes que l’on aime, si possible, lorsqu’elles mourront, si nous le pouvons, leur tenant la main, leur caressant le visage et les serrant dans nos bras, leur donnant de l’amour.»

L’isolement et l’absence de funérailles ou de célébrations de la vie ajoutent une couche supplémentaire de chagrin, a-t-elle avancé.

«L’une des choses vraiment importantes à propos de funérailles est que, d’une certaine manière, elles présentent la personne endeuillée à sa communauté et sont un moyen de signaler: « J’ai eu cette perte vraiment importante et significative et j’ai besoin soins et d’attention. »»

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