Un imam turco-canadien raconte son emprisonnement dans ce pays

Quand il était aumônier dans les prisons de l’Alberta, Davud Hanci disait souvent aux détenus de considérer leur temps comme précieux.

L’imam a dû essayer de suivre ses propres conseils lorsqu’il a été pendant trois ans détenu dans une cellule turque après avoir été accusé d’avoir contribué à orchestrer une tentative de coup d’État militaire dans ce pays.

Le citoyen turco-canadien a prié, lu et fait de l’exercice pour garder son esprit occupé.

«Je crois que cela m’a vraiment aidé à survivre physiquement et psychologiquement», raconté M. Hanci, aujourd’hui installé à Toronto avec sa femme, Rumeysa, et ses fils Vedat et Cemil.

Hanci a immigré au Canada en provenance de Turquie en 2002. Il a vécu à Calgary et a trouvé un emploi intéressant pour conseiller les détenus musulmans.

En 2016, il est retourné en Turquie visiter son père qui était malade.

La famille est arrivée là-bas huit jours avant qu’une faction de l’armée turque tente de renverser le gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan.

M. Erdogan en a profité pour déclarer l’état d’urgence et réprimer toute opposition. Des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées et plus de 130 000 fonctionnaires ont perdu leur emploi.

La semaine suivante, M. Hanci discutait avec un cousin dans une boutique de sa ville natale de Trabzon. Un autre homme, que l’imam ne connaissait pas, l’a entendu parler de la situation politique en Turquie.

Cette nuit-là, on a dit à M. Hanci que la police voulait lui parler, prétendument au sujet de son passeport. Il pensait que la question pouvait être facilement réglée.

Au poste de police, un bulletin d’information de la chaîne publique le désignait comme un associé de Fethullah Gulen, un religieux américain accusé d’avoir organisé la tentative de coup d’État.

«Et moi qui me demandais qui était ce type, se souvient M. Hanci. Et j’ai ensuite réalisé que j’avais vraiment dans le pétrin.»

Encore aujourd’hui, le naturalisé canadien ni avoir jamais rencontré M. Gulen, ni avoir participé d’une façon ou d’une autre à la tentative de coup d’État.

M. Hanci a été emmené dans une prison située à 1200 km du lieu de son arrestation en attendant son procès.

Il a pu lire son dossier. Le gouvernement l’accusait d’être un agent de la CIA.

Selon M. Hanci, la police turque «a brodé une histoire» autour de la discussion entre lui et son cousin. Il soutient que toutes ces allégations sont «des mensonges».

Sa femme et ses fils sont revenus au Canada peu de temps après sa détention. M. Hanci ne l’a appris que deux mois plus tard.

Il lui a fallu patienter près de deux ans avant de pouvoir leur parler au téléphone. Les appels avaient lieu à 3h (heure de l’Est); les garçons étaient trop fatigués pour avoir une conversation décente.

M. Hanci dit n’avoir jamais été victime de sévices physiques, mais il accuse le régime turc d’avoir tenté de le torturer psychologiquement en le gardant en isolement.

Il faisait si froid dans la prison, qu’il ressent encore des frissons à la tête et aux pieds, même par une journée chaude.

En 2018, un juge a condamné M. Hanci en 2018 à 15 ans d’emprisonnement, mais un juge d’une juridiction supérieure a réduit la sentence de moitié.

Étant donné le temps passé en cellule, son bon comportement et sa libération conditionnelle, M. Hanci est demeuré en prison pendant 18 mois. Il a été libéré en mars 2019, dans l’attente d’une audience devant le plus haut tribunal du pays.

Il est resté en Turquie pendant quelques mois. Il a pu passer du temps avec son père avant sa mort.

Sa famille a pris des dispositions pour le faire quitter le pays, même s’il n’en avait pas le droit. Il a refusé d’en dire plus sur ce sujet.

Sa femme et ses enfants l’ont accueilli à l’aéroport international Pearson en juillet 2019.

«Nous nous sommes juste serrés dans les bras et avons pleuré», raconte-t-il.

M. Hanci relate qu’il devait parfois toucher sa femme pour croire qu’elle était réelle. Il continue d’avoir des cauchemars dans lesquels il est de retour en Turquie et pourchassé.

Il a essayé de reprendre son travail d’aumônier en prison, mais on ne l’a pas rappelé. L’infortuné imam a commencé à faire du bénévolat, mais tout a été mis en suspens à cause de la pandémie de COVID-19.

M. Hanci croit que son expérience lui donne une nouvelle perspective précieuse. Il a réalisé quelques petits travaux d’aménagement paysager, mais il se concentre sur l’obtention d’une maîtrise en théologie à l’Université Western à London, en Ontario.

Hanci condamne la répression en Turquie.

«Il a beaucoup de gens qui souffrent actuellement comme j’ai souffert.»

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