Un jeune Cri veut inspirer les autres en partageant son amour de la science en vidéo

Une simple plume d’aigle est posée sur la table dans la cuisine de la maison où habite Simon Monteith. Juste à côté, on retrouve un lot de produits domestiques comme du peroxyde d’hydrogène, du savon à vaisselle… et un plat au four.

Cette scène résume bien les deux mondes dans lesquels évolue le garçon de neuf ans.

Du point de vue scientifique, la plume aide la propulsion de l’oiseau et lui permet de voler. Du point de vue des Premières Nations, la plume d’aigle représente un symbole de respect.

«J’aime observer les choses à partir de deux perspectives ou même plus», mentionne le jeune Simon.

Depuis deux ans, le jeune Cri de la nation Opaskwayak dans le nord du Manitoba invite virtuellement les internautes dans la maison familiale de Winnipeg pour partager son amour de tout ce qui touche la science.

Utilisant la cuisine comme décor, le jeune Simon a produit environ une soixantaine de vidéos éducatives publiées sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme «Simon The Scientist».

Ce projet a pris naissance au début de la pandémie de COVID-19 quand Simon a demandé à sa mère s’il pouvait se lancer dans la création de vidéos pour aider à expliquer le virus aux gens. Depuis, le projet s’est élargi pour traiter de géologie, de technologie et de chimie.

Jacqueline Monteith raconte que son fils a toujours eu de la facilité à comprendre des concepts complexes en empruntant une voie originale.

«C’est fascinant qu’un enfant ait le talent particulier d’enseigner des concepts scientifiques ou des concepts complexes à d’autres enfants d’une façon tout à fait singulière. Les enfants qui enseignent à d’autres enfants ont une manière de procéder que les enfants vont mieux comprendre que lorsqu’un adulte tente de le faire», croit-elle.

La passion de Simon pour la science lui est venue très tôt.

«Ce n’était pas vraiment quelque chose de précis qui m’a attiré vers la science. C’est simplement qui je suis», croit le garçon.

Simon Monteith espère rejoindre des groupes sous-représentés dans les diverses disciplines scientifiques.

Pour Rob Cardinal, c’est ce même objectif qui l’a poussé à fonder l’organisme IndigeSTEAM, qui offre des programmes gérés par des autochtones et adaptés culturellement pour les jeunes autochtones et d’autres groupes sous-représentés.

L’organisme doit son nom à l’acronyme anglais «STEM»: science, technologie, ingénierie et mathématiques. On y a ajouté les arts, l’architecture et l’agriculture pour obtenir l’acronyme «STEAM». Ces domaines sont des spécialités dans lesquelles les Autochtones n’ont cessé d’innover depuis des milliers d’années.

«Le savoir est le savoir. Nos façons de faire et notre culture sont tellement pertinentes en ce moment», mentionne M. Cardinal.

D’après une étude publiée en 2020 par le Conference Board du Canada, les étudiants autochtones sont plus engagés si leur programme inclut une forme hybride alliant le savoir autochtone et la science occidentale.

Pour mener cette étude, le Conference Board a analysé plus d’une centaine de programmes d’études au Canada visant à aider les étudiants autochtones à réussir dans les disciplines des STEM.

Les résultats ont démontré que si des efforts ont été menés pour attirer plus de jeunes autochtones dans les STEM, il existe encore un écart à combler dans la préparation des élèves au niveau secondaire afin qu’ils soient mieux outillés au moment d’entreprendre des études supérieures.

Au Canada, les Autochtones représentent 4 % de la population adulte, mais moins de 2 % de la main-d’œuvre travaillant dans les STEM.

Il y a un manque de ressources financières, techniques et communautaires, d’après Doug Dokis, directeur du programme dédié aux jeunes Autochtones dans les STEM au sein de l’organisme Actua.

Cet organisme canadien voué à l’éducation est l’une des plus grandes organisations impliquées dans la promotion des STEM. Il a créé des liens avec 200 communautés autochtones afin d’offrir du soutien à quelque 35 000 jeunes.

Alors que le travail s’effectue sur le terrain et à travers divers programmes, il n’existe toujours pas de stratégie nationale coordonnée pour améliorer le taux de scolarité des Autochtones ainsi que leur représentation dans les domaines liés aux STEM, ajoute Doug Dokis qui est lui-même un Anishinaabe de la première nation Dokis en Ontario.

Il explique qu’au cours des dernières années, l’industrie s’est appuyée sur le savoir autochtone pour trouver des solutions durables en matière de climat et de territoire.

«Les Autoctones ont toujours eu des connaissances élevées dans le domaine des STEM. Le savoir autochtone est aujourd’hui devenu une référence pour surmonter certains des défis sociaux, environnementaux et économiques auxquels la société fait face au Canada.»

Rob Cardinal souligne qu’il est important pour les jeunes d’avoir des modèles.

Lui-même un Pieds-Noirs de la première nation Siksika et un astrophysicien, il raconte qu’après avoir découvert une comète, un aîné de sa communauté lui a dit qu’il avait une obligation envers sa nation de partager son savoir. C’est alors qu’il a endossé un nouveau rôle de mentor.

Il espère maintenant montrer aux jeunes Autochtones qu’ils ont leur place en science.

«Inspirons-les et rendons-les fiers», résume-t-il.

À Winnipeg, le jeune Simon Monteith devient lui aussi un mentor à sa façon du haut de ses neuf ans.

Il veut transformer son projet passionnant en émission de télévision pour rejoindre encore plus de jeunes auditeurs. Il a déjà soumis un plan d’affaires à Pow Wow Pitch, un concours d’entrepreneurs autochtones, et se trouve actuellement en demi-finale.

«Je veux contribuer à soutenir les idées d’autres enfants afin qu’ils puissent faire ce dont ils ont envie, que ce soit en science ou non. Je veux les aider à trouver leur rêve», confie le jeune garçon.

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