Un jeune interné temporairement pour éviter qu’il ne contracte la COVID-19

MONTRÉAL — Un juge vient d’ordonner qu’un jeune homme souffrant d’hallucinations soit gardé contre son gré dans un établissement de soins, de façon temporaire: vu sa perte de contact avec la réalité et ses fugues, le magistrat a craint qu’il ne contracte la COVID-19 ou n’infecte sa famille.

C’est le juge Luc Hervé Thibaudeau de la Cour du Québec qui a rendu cette ordonnance fin mars, dans le contexte de la propagation du nouveau coronavirus et des mesures de confinement imposées par le gouvernement.

Il s’agit d’une ordonnance de garde temporaire, le temps que le jeune homme de 18 ans soit évalué en psychiatrie.

C’est le psychiatre traitant du jeune homme qui a requis cette évaluation pour une schizophrénie probable.

Selon le spécialiste, le jeune homme, qui consomme des drogues de rue, refuse de prendre sa médication et s’oppose à toute hospitalisation et à tout traitement.

Il croit que les gens sont devenus des zombies et tient des propos incohérents. Il est victime d’hallucinations et perd contact avec la réalité.

De plus, le psychiatre rapporte que son jeune patient a un comportement suicidaire.

Le jeune s’est vu imposer un couvre-feu par la Cour, qu’il ne respecte pas. Il lui arrive de coucher à l’extérieur de la résidence familiale, parfois pour plus d’une nuit, est-il rapporté dans la décision.

Une membre de sa famille a témoigné qu’elle tente de lui faire prendre les médicaments prescrits mais que cela est impossible lorsqu’il ne rentre pas.

Dans les circonstances, elle doute qu’il respecterait les mesures d’isolement sociales présentement prescrites par le gouvernement car il ne comprend pas l’importance et la sévérité de la COVID-19. Il lui a déjà mentionné qu’il pense que la COVID-19 «n’existe pas et que c’est un rêve», peut-on lire dans le jugement.

Il est redouté que le jeune homme fugue de nouveau et ne revienne infecté, contaminant aussi ses proches.

Pour accorder cette demande de garde forcée en établissement, le tribunal doit être convaincu de l’existence de motifs sérieux permettant de croire que le jeune homme présente un danger pour lui-même ou pour autrui.

En plus de toutes les constatations du psychiatre, le juge retient ici comme facteur important la crise sanitaire qui sévit.

«Les états d’esprit du défendeur, confirmés par ce dernier, laissent craindre au Tribunal qu’il pourrait agir sur la foi de son impulsivité, de son délire et de sa perte de contact avec la réalité et, encore une fois, délaisser le domicile familial et se placer dans un état de danger, soit une contagion probable. Considérant la preuve testimoniale et documentaire soumise, cette éventualité, aux yeux du Tribunal, est plus que probable», est-il écrit.

Craignant que le jeune homme puisse «mettre sa propre sécurité et celle de sa famille en danger», il ordonne qu’il soit gardé en établissement pour quelques jours seulement, en attendant le rapport d’évaluation psychiatrique. Des décisions seront alors prises sur la foi de ce rapport.

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