Crise en Haïti: un journaliste tué, la colère des manifestants ne faiblit pas

PORT-AU-PRINCE, Haïti — Les affrontements violents entre policiers et manifestants se sont poursuivis en Haïti vendredi, au lendemain de la mort du journaliste Néhémie Joseph, abattu dans son véhicule à Mirebalais.

Des milliers de protestataires ont pillé des commerces et tenté de franchir les barricades protégeant la résidence du président du pays, Jovenel Moïse, dont ils réclament la démission depuis plusieurs mois.

Des motocyclistes ont fait rugir le moteur de leur véhicule devant le barrage de policiers bloquant la seule rue menant dans un quartier riche de Port-au-Prince. Un manifestant tirait le cadavre d’un chien avec une laisse pendant qu’un groupe désignait la carcasse en criant: «C’est Jovenel!»

Les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes et ont tiré en l’air. Des manifestants ont brûlé des pneus et déversé de l’essence dans certains quartiers de la ville. Certains ont même menacé les forces de l’ordre d’une nouvelle escalade de la violence.

Les protestataires reprochent à M. Moïse la corruption de son régime et la pénurie de produits de consommation de base.

«Nous allons tout briser et tout démolir si Moïse ne démissionne pas», a prévenu Reynald Brutus, un chômeur âgé de 28 ans.

Le journaliste Néhémie Joseph, qui couvrait les manifestations qui paralysent le pays depuis près d’un mois, a été retrouvé mort dans sa voiture jeudi soir à Mirebalais, une ville située au nord-est de Port-au-Prince, selon Radio Vision 2000.

M. Joseph avait révélé sur Facebook, en septembre, avoir été menacé par des politiciens qui l’accusaient d’avoir incité les manifestations.

Il est le troisième journaliste haïtien tué en moins de deux ans. Le journaliste Pétion Rospide, de Radio Sans Fin, a été abattu en juin, alors qu’il rentrait chez lui au volant de sa voiture. Le journaliste pigiste Vladjimir Legagneur est disparu en mars 2018, alors qu’il travaillait sur un reportage.

La Fédération des journalistes de l’Artibonite (FEJA) a condamné le meurtre dont a été victime M. Joseph, le qualifiant de «crime odieux».

«Nous demandons qu’une enquête sérieuse soit diligentée afin que les auteurs et coauteurs de ce crime crapuleux et odieux soient jugés et punis conformément aux lois de la République», peut-on lire dans le communiqué de l’organisation.

Les manifestations ont fait une vingtaine de morts et quelque 200 blessés, en plus d’empêcher plus de deux millions d’enfants d’aller à l’école.

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