Un juge albertain blanchi pour avoir autorisé qu’une victime soit menottée

EDMONTON — Un juge de l’Alberta a été blanchi de toute inconduite dans le dossier d’une victime d’agression sexuelle, qui avait été menottée en cour et détenue pendant son témoignage.

Le Conseil judiciaire de l’Alberta a affirmé que le juge de la cour provinciale Raymond Bodnarek avait suivi les recommandations des avocats et avait tenté de minimiser les conséquences sur la victime autant que possible.

Selon le conseil, le juge Bodnarek aurait pu interroger les avocats afin de savoir pourquoi la dame devait être menottée en cour, mais cette inaction ne représente pas pour autant un cas d’inconduite judiciaire, souligne-t-on.

Dans sa décision rendue vendredi, le conseil indique que le juge avait rendu chaque étape de son jugement «dans l’objectif de la meilleure administration de la justice».

Cette affaire impliquait une femme autochtone, dont l’identité ne peut être publiée, mais qui portait le surnom Angela Cardinal.

La femme de 28 ans avait été forcée de passer cinq nuits au Remand Centre d’Edmonton, une prison, lors du témoignage qu’elle avait livré en 2015 pour l’enquête préliminaire de Lance Blanchard, l’homme qui l’avait attaquée.

Les enquêtes préliminaires ont lieu pour déterminer s’il y a assez de preuve pour aller en procès.

Lors des audiences, Mme Cardinal, une itinérante, avait raconté qu’elle dormait dans un escalier d’appartement lorsqu’elle s’était fait attaquer et traîner dans la chambre de M. Blanchard. Elle a été poignardée à la tempe et à la main alors qu’elle tentait de se débattre de l’agression sexuelle.

Pendant son témoignage, elle a été emprisonnée et menottée et à au moins deux occasions, elle a été placée dans la même camionnette que son assaillant en se rendant au palais de justice.

Lance Blanchard a été reconnu coupable en décembre 2016, mais Mme Cardinal n’était pas vivante pour assister au verdict: elle est morte dans une fusillade accidentelle.

Le juge de la Cour du Banc de la Reine Eric Macklin avait vigoureusement critiqué le traitement «horrible» réservé à la victime pour l’enquête préliminaire.

L’affaire avait fait les manchettes en juin, lorsque la ministre albertaine de la Justice, Kathleen Ganley, a réclamé une enquête après la diffusion d’un reportage du réseau anglais de Radio-Canada.

Un autre rapport publié

Ce rapport, de l’avocate manitobaine Roberta Campbell a aussi été publié vendredi.

Selon le document, le procureur de la Couronne voulait garder la victime en détention préventive parce qu’il craignait qu’elle ne se présente pas en cour.

Le rapport indique que bien que Mme Cardinal ait présenté un comportement «quelque peu agressif» en cour, il n’y avait aucun incident dans le passé lors duquel «elle ne se serait pas présentée (en cour) lorsque sa présence était requise».

Le rapport conclut que le juge Bodnarek se basait sur des informations erronées lorsqu’il a autorisé la détention de la victime.

Le conseil judiciaire souligne que le juge avait pris des mesures pour séparer la victime de son assaillant lorsqu’il a appris qu’ils avaient été transportés dans le même véhicule. Il se serait aussi assuré que les deux soient aussi loin que possible dans la salle d’audience.

Kathleen Ganley a affirmé que les politiques étaient actuellement réexaminées pour s’assurer qu’un accusé et une victime présumée soient séparés si les deux étaient incarcérés.

Bien que le rapport ait souligné des problèmes systémiques plus larges, il n’y avait aucune preuve que quiconque ait agi selon des motivations racistes, a rappelé la ministre.

«Lorsque les victimes dénoncent pour raconter leur histoire, nous devons nous assurer qu’elles soient entendues, mais aussi traitées avec compassion et respect», a-t-elle déclaré.