Un livre blanc pour protéger la biodiversité dans le sud du Québec

MONTRÉAL — Des scientifiques et groupes environnementaux ont lancé un livre blanc comportant près de 40 recommandations pour protéger la biodiversité au sud du 49e parallèle du Québec. 

«Un plan sud pour le Québec», dévoilé mercredi, se déploie en six orientations. Il propose entre autres d’augmenter le nombre d’aires protégées, de mieux outiller les municipalités, de privilégier la conservation des écosystèmes plutôt que la compensation pour contrebalancer leur perte et de renforcer la réglementation protégeant les milieux naturels sur les terres privées. 

La pression est forte sur le sud, qui représente 28% du territoire québécois, disent les auteurs du livre blanc. Cette partie du Québec voit ses milieux humides disparaître et ses nombreuses espèces menacées en raison de l’étalement urbain et des activités industrielles. Elle compte également une faible proportion d’aires protégées contrairement au nord de la province, fait état le document.  

Ses rédacteurs, qui proviennent notamment des milieux universitaires, soulignent que la biodiversité contribue à la lutte contre les changements climatiques. Ils souhaitent donc que les différents ordres de gouvernement intègrent la conservation de milieux naturels dans la planification de l’aménagement du territoire. 

Un aspect «indispensable» pour les schémas d’aménagement des MRC et des villes qui s’appliquent sur les 10 et 15 prochaines années, a fait valoir le directeur par intérim du Réseau de milieux naturels protégés, Brice Caillié. 

La conservation de la biodiversité doit avoir lieu avant le début d’un projet de développement et non «après coup», a soutenu Andrew Gonzalez, professeur au département de biologie de l’Université McGill. 

Les intervenants demandent en premier lieu que les recommandations trouvent leur place dans un «Plan stratégique nature 2022-2030» élaboré par Québec. Il établirait un réel cadre chiffré pour la protection de la biodiversité, incluant des actions et des budgets associés. 

Le livre blanc peut déjà compter sur l’appui du ministre de l’Environnement, Benoit Charette. Il a promis que le plan «trouvera écho» dans les nouvelles initiatives gouvernementales.  

«Je pense notamment à la prochaine stratégie gouvernementale de développement durable et à la future politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire qui comprendront des orientations en faveur de la biodiversité», a-t-il nommé dans une vidéo présentée au moment du dévoilement du livre blanc. 

Le groupe de travail prévoit se faire entendre dans les différentes consultations publiques afin de s’assurer que leurs recommandations sont prises en compte dans les nouvelles politiques. Il surveillera les gestes en matière de biodiversité et soulignera les bons coups.

Le livre blanc propose aussi l’idée d’exiger une reddition de comptes chez les décideurs, un peu comme avec les grands pollueurs et l’évolution de leurs émissions de gaz à effet de serre. 

«Si on veut pouvoir atteindre des objectifs, mesurer l’impact de différentes pratiques ou des politiques qu’on met en place, il faut se doter d’outils de suivi, d’avoir de bons indicateurs à cet égard là. C’est ce qu’on demande à travers notre orientation et des recommandations qui s’en suivent», a indiqué Jérôme Dupras, professeur au département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais. 

M. Dupras croit que la difficulté de protéger les habitats naturels repose davantage sur un manque de volonté politique que sur l’absence de règles ou de lois. Selon lui, la nouvelle vague d’élus au municipal va se saisir des règlements en place. 

«Ce sont des dossiers qui gagnent en importance d’année en année. Mais évidemment, on n’aura pas une application textuelle de la loi demain matin. Mais je pense qu’on s’en va dans la bonne direction. Il faut stimuler l’action politique en ce sens-là et conserver la pression populaire», a dit le chercheur. 

L’initiative du livre blanc découle d’une conférence du Centre de la science de la biodiversité du Québec en 2019. Une consultation a ensuite été menée auprès d’environ 200 répondants tels que des chercheurs, municipalités, communautés autochtones, conseils régionaux de l’environnement et groupes de conservation. 

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Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.