Un livre déchiqueté, un passeport: ce que les 157 victimes ont laissé derrière

HEJERE, Éthiopie — Le peu qu’elles ont laissé derrière elles est à fendre le coeur: un passeport abîmé; un livre déchiqueté; des cartes professionnelles dans plusieurs langues.

Des secouristes vêtus de gants blancs et de souliers de toile fouillaient lundi, pour une deuxième journée consécutive, les débris du vol 302 du transporteur aérien Ethiopian Airlines, fouillant avec délicatesse la terre calcinée à la recherche des restes de 157 vies humaines, dont 18 Canadiens.

Le livre déchiqueté, ses pages légèrement brûlées, semblait traiter de macroéconomique. Des passages avaient été surlignés en jaune et en rose par un lecteur.

Il y avait aussi un clavier fracassé. Et des chandails multicolores.

Il y avait même un téléphone cellulaire qui sonnait tristement, ramassé et réduit au silence par un étranger.

Les victimes proviennent de 35 pays. Alors que leur identité est graduellement rendue publique par des proches, des gouvernements et des employeurs sous le choc, un dénominateur commun prend forme: le vol parti dimanche matin de la capitale éthiopienne et qui est tombé du ciel six minutes plus tard était bondé de gens qui n’avaient pas peur d’affronter le monde et ses problèmes — mais aussi de l’explorer.

L’avion transportait 32 ressortissants du Kenya voisin, dont un étudiant en droit et un arbitre de football, un bilan qui a secoué le pays; l’Éthiopie a perdu 18 citoyens.

D’autres étaient venus de loin pour travailler ou pour jouer: un comédien, un ancien ambassadeur, des touristes, un comptable.

Mais le nombre de travailleurs humanitaires est frappant. Il y avait à bord trois médecins, un responsable des services de protection de l’enfance, des militants, des écologistes.

Leurs idéaux nobles se cachaient derrière des termes bureaucratiques: documents préparatoires; initiative de renforcement de la capacité.

Addis-Abeba et la destination de l’avion, Nairobi, sont populaires auprès des travailleurs qui combattent certaines des crises les plus urgentes de la planète: la Somalie; le Soudan du Sud; les changements climatiques; la famine.

«Ils avaient tous un point commun — un désir de servir l’humanité et d’en faire un meilleur endroit pour nous tous», a dit le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

Au moins 21 employés de l’ONU ont été tués, a-t-il ajouté, en plus d’un nombre indéterminé de gens qui avaient collaboré de près avec l’organisation.

Le drapeau de l’ONU a été mis en berne lundi, et l’Éthiopie a souligné un jour de deuil pour tous.

L’organisme «Save the Children», le Conseil norvégien pour les réfugiés, la Croix-Rouge norvégienne, l’«International Committee for the Development of Peoples», l’«African Diaspora Youth Forum in Europe»: tous pleuraient des collègues disparus.

Un vent insistant soufflait lundi alors que d’autres restes étaient retrouvés, des éclats d’humanité au travers des décombres de l’appareil.

Au-delà du ruban jaune qui délimitait le site de la catastrophe, des gens enveloppés dans des couvertures observaient la scène en silence.

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