Un militant roumain invite à multiplier les bonnes actions afin de changer la société

NUCSOARA, Roumanie — Largement considéré comme un héros débordant de gentillesse en Roumanie, Valeriu Nicolae croit plutôt ressembler à l’ancienne étoile de la NBA Michael Jordan, se disant très compétitif et toujours désireux de s’améliorer dans ce qu’il fait le mieux. Dans son cas, il s’agit d’aider les autres.

Le militant roumain des droits de la personne est reconnu pour ses efforts inlassables visant à améliorer la vie des personnes les plus pauvres et les moins privilégiées de ce pays des Balkans, en particulier les enfants.

Le défi est de taille dans le pays de 19 millions d’habitants, où des centaines de milliers d’enfants manquent de produits de base et ne peuvent pas aller à l’école. La Roumanie est membre de l’Union européenne, mais une mauvaise gouvernance et la corruption généralisée y ont fait entrave au progrès économique et social.

Pour que la société change, les individus devraient le faire eux aussi, a plaidé M. Nicolae en entrevue à l’Associated Press. Il devrait selon lui être obligatoire pour les politiciens de venir en aide à quelqu’un avant d’assumer des fonctions publiques.

«Cela devrait être la base: faire de bonnes choses pour les autres! avance-t-il. Même un tout petit peu de bien pour quelqu’un autour de soi, et pas de mal du tout.»

Depuis ses débuts en 2007, son organisme humanitaire Casa Buna — ou «Bonne maison» en français — s’est engagé à appuyer et à encadrer pas moins de 315 enfants. L’organisme apporte un soutien aux enfants et à leurs familles, notamment par le biais de vêtements, d’ordinateurs ou de livres, à condition que les jeunes n’abandonnent pas leurs études.

M. Nicolae est un ardent défenseur de la voie de l’éducation pour garder les enfants hors de la rue et les empêcher de sombrer dans l’alcool ou la drogue plus tard dans leur vie. Son travail a pris encore plus d’importance pendant la pandémie de COVID-19, qui a accru l’isolement social et éprouvé davantage les personnes les plus pauvres à travers le monde.

Par un temps glacial, lors d’une journée enneigée du mois de janvier, l’équipe de M. Nicolae s’est rendue dans des villages au pied des montagnes des Carpates, à quelque 200 kilomètres au nord-ouest de Bucarest, pour livrer des denrées telles que de la farine, du sucre ou des produits d’hygiène aux résidants endurant le froid hivernal.

Les résidants de Nucsoara sont sortis de chez eux pour saluer M. Nicolae, plusieurs portant des enfants dans leurs bras. La plupart des maisons du village sont inachevées et les familles vivent à l’étroit dans des petites pièces. Parmi les produits de première nécessité apportés par M. Nicolae figuraient des brosses à dents. Il a montré à certains enfants comment les utiliser correctement.

«Il n’y a rien de mieux que de voir qu’on a changé la vie d’un enfant pour le mieux, affirme-t-il. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de gens qui fassent quelque chose de plus gratifiant que moi.»

Lui-même issu de la pauvreté, au sein de la communauté roumaine des Roms, M. Nicolae dit avoir été inspiré par l’aide reçue dans sa propre enfance, qui lui a selon lui donné une impulsion plus tard dans sa vie. Les minorités roms font souvent l’objet de discrimination et restent parmi les communautés les plus pauvres et négligées à travers les Balkans.

Conscient des attitudes anti-Roms répandues dans son pays, mais aussi du racisme généralisé partout dans le monde, M. Nicolae a été parmi les instigateurs de la campagne antiraciste Respect lors de la Coupe du monde de soccer de 2010 en Afrique du Sud. Son travail pour l’éducation des enfants lui a aussi valu des distinctions internationales.

Il a connu un rare revers en se présentant en tant que candidat indépendant aux élections législatives roumaines de décembre dernier, lorsqu’il est arrivé à seulement 17 voix de décrocher un siège après s’être vu refuser un recomptage. M. Nicolae espérait pouvoir faire pression pour des réformes élargissant l’accès à l’éducation ainsi que pour une meilleure gestion des fonds publics.

«Je veux être une meilleure personne, un peu meilleure chaque année, si possible», soutient-il. 

Il ajoute à la blague: «Je ne veux pas être un saint, car les saints ont tendance à connaître une fin tragique.»

– Par Vadim Ghirda, The Associated Press

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