Un nouveau laboratoire veut promouvoir la justice réparatrice au Canada

HALIFAX — Une professeure de droit dit espérer que la création d’une nouvelle chaire de recherche visant à promouvoir la justice réparatrice puisse aider les institutions à vaincre la discrimination raciale et d’autres problèmes sociaux de manière durable.

Jennifer Llewellyn a déclaré que les récentes manifestations contre le racisme envers la communauté noire ont créé un moment idéal pour l’annonce, mercredi, de son nouveau centre associé à l’Université Dalhousie.

Le Laboratoire international de recherche, d’innovation et d’éducation en matière de justice réparatrice (RRIELab) a obtenu une aide de 750 000 $ de la Fondation Donald R. Sobey afin de démarrer ses activités.

Dans une ère marquée par les échanges hargneux sur les médias sociaux, la professeure Llewellyn, détentrice de la chaire de recherche, plaide que la justice réparatrice représente une alternative pour rapprocher les personnes blessées par des propos inappropriés et ceux qui les ont formulés afin de trouver des solutions.

La chercheuse soutient que cette méthode qui a fait ses preuves en matière de justice criminelle ainsi que dans la résolution de conflits dans les écoles peut servir de base pour créer des manières de corriger des problèmes plus grands et plus complexes.

Selon la professeure Jennifer Llewellyn, le public a une fausse perception de la justice réparatrice qui est vue comme une manière d’apaiser des conflits émotifs plutôt qu’une manière de changer les systèmes.

«Les gens ont une image de la justice réparatrice du genre: « Assoyons-nous et trouvons un arrangement », mais ce n’est pas de ça qu’on a besoin maintenant. On a besoin d’une forme de justice et de mécanismes qui nous amènent à nous rassembler et à réfléchir différemment pour vraiment identifier les enjeux», a-t-elle décrit en entrevue avec La Presse canadienne.

«Nous devons inviter des gens à discuter plutôt que de simplement dénoncer des gens», observe l’experte.

La violence policière à l’encontre de groupes racisés constitue un exemple parfait d’enjeu à la portée de la justice réparatrice, croit Mme Llewellyn.

Les appels actuels à des militants à couper le financement des forces policières («defund the police») devraient faire l’objet de sérieuses discussions parmi les organisations communautaires, les élus, les policiers et les autres groupes impliqués afin que la proposition aille plus loin que le slogan, d’après la professeure.

«Si l’on doit faire quelque chose de fondamentalement différent dans la manière d’exercer la justice, d’assurer notre sécurité, d’assurer le bien-être de nos communautés, il faut que la police, les services en santé mentale et les organismes communautaires cessent de travailler en silo», explique la spécialiste du droit.

Au cours des dernières années, la professeure a contribué à diverses enquêtes aux visées réparatrices, dont un processus qui a duré quatre ans pour examiner des décennies d’abus dans un orphelinat pour enfants noirs en Nouvelle-Écosse. Le rapport a été publié en novembre dernier.