«Un nouveau mouvement»: les allégations de Trump résonnent dans certains États

HOUSTON — La campagne du président Donald Trump pour renverser l’issue de l’élection présidentielle résonne parmi certains républicains sur le terrain, même si son échec imminent ne fait aucun doute — une illustration éloquente du pouvoir qu’a M. Trump de plier le Parti républicain à sa volonté au moment où il s’apprête à quitter le pouvoir.

Au cours des dernières semaines, des dizaines d’élus et de leaders républicains ont accepté et répété les allégations mensongères de M. Trump, allant jusqu’à réclamer des mesures antidémocratiques pour effacer sa défaite. Rien n’a fonctionné jusqu’à présent, et même des gouverneurs républicains ont certifié la victoire de Joe Biden chez eux.

Malgré tout, des militants croient que la campagne «stop the steal» (mettez fin au vol) demeurera un des piliers de la politique conservatrice version Donald Trump.

«Je vois définitivement un nouveau mouvement prendre forme, a dit la militante conservatrice Monica Boyer. Est-ce que cette élection a été volée? Je ne le sais pas. Mais les gens ont le droit de savoir.»

Les manifestations de la puissance de cette nouvelle force politique se multiplient.

En Pennsylvanie, 64 élus républicains ont signé une lettre demandant aux membres du Congrès d’empêcher les votes électoraux de l’État d’aller à M. Biden.

Au Texas, le procureur général républicain s’est adressé à la Cour suprême pour demander l’invalidation des votes électoraux d’autres États.

Même dans le Massachusetts libéral, cinq candidats républicains défaits ont déposé lundi des poursuites devant un tribunal fédéral pour tenter de faire annuler le résultat du scrutin en recyclant des allégations de fraude et d’irrégularités.

Des législateurs du Michigan, de l’Arizona et de la Géorgie ont rencontré l’avocat personnel de M. Trump, Rudy Giuliani, pour dénoncer pendant des heures l’issue et le déroulement du vote, au moment même où les États confirmaient la victoire de M. Biden.

Chose certaine, ces efforts ont profité davantage à leur propre carrière politique qu’aux efforts pour renverser la défaite de M. Trump: le président et ses alliés ont essuyé plus d’une quarantaine de défaites devant la justice.

Les efforts personnels de M. Trump pour convaincre les élus républicains d’intervenir en sa faveur ont tous échoué.

La semaine dernière, M. Trump a approché à deux reprises le président républicain de la Chambre des représentants de la Pennsylvanie, Bryan Cutler, pour lui demander de nommer des grands électeurs qui lui seraient favorables. M. Cutler lui aurait répondu que la loi de l’État ne permet pas un tel remplacement.

Les plaintes sans fondement de M. Trump lui ont quand même permis de renforcer son pouvoir politique. Il a déjà amassé plus de 170 millions $ US depuis sa défaite en demandant des dons pour son «fonds de défense juridique». L’essentiel de cet argent servira à financer sa carrière politique après la présidence et sera versé dans un comité d’action politique baptisé «Save America».

Le président a déjà démontré qu’il est prêt à attaquer les élus républicains qui ne l’appuient pas. Lundi, sur Twitter, il a lancé que le lieutenant-gouverneur de la Géorgie Geoff Duncan, qui s’est inquiété publiquement de la propagation de la désinformation, était «trop stupide pour reconnaître les preuves évidentes de fraude à grande échelle» et qu’il devrait être remplacé.

Des organisations républicaines se sont emparées avec joie des allégations de M. Trump.

Tard lundi, le Parti républicain de l’Arizona a semblé demander à ses partisans d’envisager de mourir pour garder M. Trump au pouvoir. Le compte Twitter officiel du parti a repris un message du militant conservateur Ali Alexander qui déclarait être «prêt à donner ma vie pour ce combat».

«Il l’est. L’êtes-vous?», a ajouté le Parti républicain de l’Arizona.

Certains républicains se sont élevés contre les efforts de M. Trump.

«C’est complètement inacceptable et ça ne fonctionnera pas et le président devrait renoncer à convaincre les législatures de renverser l’issue du scrutin dans leurs États respectifs», a déclaré le sénateur de la Pennsylvanie, Pat Toomey, au quotidien Philadelphia Inquirer.

M. Toomey a déjà annoncé qu’il ne briguera pas de nouveau mandat en 2022.

Ceux qui prévoient poursuivre leur carrière politique au sein du Parti républicain sont beaucoup plus prudents. Cette semaine, la sénatrice de la Géorgie Kelly Loeffler a plusieurs fois refusé de reconnaître la victoire de M. Biden, alors qu’elle espère pouvoir compter sur l’appui des partisans de M. Trump lors du deuxième tour de son élection, en janvier.

Le procureur général du Texas, Ken Paxton, un proche de M. Trump, a déposé sa poursuite au moment où il fait l’objet d’une enquête de la police fédérale américaine pour avoir possiblement profité de son pouvoir pour aider un donateur du parti — et au moment où le président envisagerait d’accorder de multiples grâces et commutations avant de quitter le pouvoir.

Les analystes ne croient pas aux chances de cette poursuite, qui reprend des allégations sans fondement et déjà déboulonnées ailleurs de fraude électorale en Géorgie, au Michigan, en Pennsylvanie et au Wisconsin.

Dale Carpenter, qui enseigne le droit à l’université Southern Methodist de Dallas, a souligné que le Texas dépose habituellement des poursuites fédérales en partenariat avec d’autres États, mais qu’il est seul cette fois.

«Je ne crois pas que ça réussira. En fait, je suis certains que ça va échouer, a dit M. Carpenter. Mais le simple fait que ça ait été tenté témoigne d’une certaine érosion de nos normes politiques.»

M. Trump a néanmoins célébré la poursuite texane sur Twitter, en soulignant le «COURAGE ET L’INTELLIGENCE» de l’État.

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