Un nouveau site internet suit les migrations des oiseaux en Amérique du Nord

Les yeux jaunes perçants et les redoutables talents de prédateur du harfang des neiges, oiseau emblématique du Québec, émerveillent chaque hiver les ornithologues amateurs dans le Midwest américain.

Aujourd’hui, grâce à ce qui a été présenté comme «le résumé le plus complet» des schémas de migration jamais rassemblé, ces ornithologues peuvent voir d’où sont venus ces rapaces: du bassin versant de la rivière Seal, dans le nord du Manitoba.

«Nous ne le savions pas jusqu’ici», admet Jeff Wells, de la «National Audubon Society», en activant jeudi son «explorateur de migration d’oiseaux», un outil en ligne. «Nous ne savions pas que ces harfangs qui viennent dans le Midwest arrivent de la rivière Seal», au nord.

L’explorateur en ligne, un agrégateur de millions d’observations sur des centaines d’espèces d’oiseaux, regorge de telles connexions entre pays et continents — et de découvertes étonnantes.

Cette paruline dans votre jardin, par exemple, fait peut-être une escale dans son périple qui la mène du détroit de Béring, en Alaska, jusqu’à la forêt amazonienne. Et ce petit oiseau de rivage dans le caniveau sur le bord de la route: on apprend qu’il est capable de traverser les États-Unis au grand complet en quelques jours seulement.

«Il n’y a jamais eu autant de compilation d’informations de suivi migratoire en un seul endroit», s’enthousiasme M. Wells.

Le site «Explorer», de la société Audubon, est le fruit de quatre années de travail et de millions de dollars d’investissements. Il met à profit plus de 500 études évaluées par des pairs provenant de 283 institutions et organismes. L’outil s’appuie sur des décennies de données de baguage d’oiseaux faits patiemment par divers organismes tels que le Service canadien de la faune et Oiseaux Canada, ainsi que sur des données de suivi de centaines d’oiseaux par émetteur-récepteur implantés.

Le site bénéficie de la contribution d’États américains et de provinces canadiennes, d’une demi-douzaine de gouvernements nationaux, de neuf grandes organisations environnementales et de plusieurs entreprises privées. Il regroupe des millions d’observations de milliers d’ornithologues amateurs à travers le continent, via le portail en ligne «eBird».

Pour chacune des 458 espèces, les utilisateurs du site Web public gratuit peuvent vérifier où est allé l’oiseau qu’ils regardent, où il va et qui l’accompagne. Ils peuvent voir sa situation de conservation et les menaces auxquelles il est confronté le long de sa route de migration.

Les planificateurs de la conservation peuvent par ailleurs utiliser cet outil pour identifier les habitats critiques, au lieu de feuilleter des dizaines d’articles universitaires et de traquer des collègues pour obtenir des données, comme le faisait M. Wells depuis des années. «C’est vraiment révolutionnaire.»

Mais peut-être que la caractéristique la plus importante de l’«Explorer» est l’histoire qu’il raconte sur les périples des oiseaux. Les amateurs d’Edmonton découvriront que les oiseaux de leur coin de pays voyagent jusqu’au Pérou. On apprendra que huit espèces voyagent chaque année entre Toronto et Cuba.

Les oiseaux rappellent d’ailleurs que les activités humaines à un endroit affectent un autre endroit éloigné. «Cela met en évidence la complexité des écosystèmes que nous essayons de comprendre et de sauvegarder, mais aussi l’importance des liens, a déclaré Stuart Mackenzie, d’Oiseaux Canada. Nous ne pouvons pas avoir une approche fermée de la conservation.»

Cet outil permettra également aux planificateurs de relier différentes espèces. «Si 20 espèces sont toutes touchées par la même menace, nous pouvons nous attaquer à la menace une fois, au lieu de le faire 20 fois», explique M. Mackenzie.

Mais au-delà de ces considérations, il y a plus simplement le côté «cool» de l’outil, admet M. Mackenzie. Le facteur «wow» de constater que «mon jardin abrite des oiseaux de l’Arctique — c’est stupéfiant!».

Le site gratuit «Explorer» est en ligne à l’adresse www.birdmigrationexplorer.org

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