Un organisme autochtone poursuit Ottawa pour «financement discriminatoire»

OTTAWA — Une organisation nationale qui représente les Autochtones vivant hors réserve et dans les centres urbains poursuit Ottawa pour son «financement inadéquat et discriminatoire» dans sa lutte contre la COVID-19.

Le Congrès des peuples autochtones représente les Indiens inscrits, les Indiens non inscrits, les Métis et les Inuits du Sud qui vivent hors réserve. Dans une requête introduite en Cour fédérale, l’organisme conteste la somme initiale de 250 000 $ qu’il a reçue du fédéral dans le cadre d’un fonds COVID-19 destiné aux Autochtones hors réserve.

Le chef national du Congrès des peuples autochtones, Robert Bertrand, affirme que cette maigre allocation de fonds contrevient à la Charte canadienne des droits et libertés. «Le montant reçu pour ceux que nous représentons à travers le Canada est une gifle», a déclaré mercredi M. Bertrand à un comité des Communes. Son organisation prévoit d’ailleurs remettre cette somme à Ottawa.

Le gouvernement fédéral a promis 305 millions $ pour aider les communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis à faire face à la pandémie de COVID-19. Or, de cette somme, une enveloppe de 15 millions $ a été prévue pour des organismes fournissant des services aux Autochtones qui vivent hors des réserves ou qui habitent dans les centres urbains.

Plus tôt ce mois-ci, le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a reconnu que cette enveloppe de 15 millions $ n’était pas suffisante, car son ministère a reçu beaucoup plus de demandes pour ce fonds que les 94 propositions qui ont été approuvées.

M. Miller n’était pas disponible pour une entrevue mercredi, mais son attachée de presse, Vanessa Adams, a précisé que l’argent versé au Congrès des peuples autochtones n’était «qu’une partie» de l’enveloppe totale promise.

Les urbains laissés de côté

Christopher Sheppard-Buote, de l’Association nationale des Centres d’amitié, a expliqué mercredi au comité des Communes que l’approche d’Ottawa est fondée sur les grandes organisations nationales qui représentent les Premières Nations («Indiens avec statut»), les Inuits et les Métis. Or, cette approche laisse de côté de nombreux Autochtones des régions urbaines, même si la majorité des Autochtones au Canada ne vivent pas dans une «communauté autochtone», a-t-il soutenu.

Les Centres d’amitié autochtone offrent partout au Canada des programmes et services aux Autochtones des régions urbaines. Ces centres se sont mobilisés pour aider leur clientèle lorsque la pandémie a commencé, a déclaré M. Sheppard-Buote. Ils ont livré de la nourriture, pris soin des aînés, aidé les gens à demander des programmes de financement fédéraux et provinciaux et à trouver un transport sûr ou un refuge — tout cela malgré un niveau de financement insuffisant provenant d’Ottawa, a-t-il dit.

Édith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, rappelle que la pandémie a durement frappé son centre, mais elle assure que ses employés et bénévoles ont fait ce qu’ils ont toujours fait: ils ont pris soin des gens de leur communauté.

Elle a déclaré que son centre pleurait la mort récente de deux anciens clients: Mathieu, un homme de 41 ans, qui s’est suicidé le mois dernier, et Nathan, un Cri de 19 ans qui a été retrouvé sans vie la semaine dernière au centre-ville de Val-d’Or.

«Notre expérience au cours des huit dernières années et dans la gestion de cette crise sanitaire nous a permis de constater que cette pandémie n’a fait qu’augmenter la dépression et la vulnérabilité de ces populations autochtones. Nous voyons que la fin tragique de Mathieu et Nathan et tant d’autres sont là pour nous le rappeler.»