Un plus grand nombre de vétérans consomment du cannabis à des fins médicinales

OTTAWA – Le nombre de vétérans faisant usage de marijuana à des fins médicinales est en forte progression dans les régions du pays desservies par des établissements — commerces ou clubs — vendant cette drogue, indiquent des données du ministère des Anciens Combattants obtenues par La Presse canadienne en vertu de la Loi d’accès à l’information.

Cette étude soulève la question suivante: ces établissements répondent-ils à la demande ou, au contraire, la créent-ils?

Le taux de consommation est généralement supérieur dans les régions où les obstacles à l’usage de la marijuana à des fins médicinales ont été réduits ou éliminés, fait remarquer Zach Walsh, un professeur de psychologie à l’Université de la Colombie-Britannique.

Les clubs et les commerces vendant de la marijuana ont joué un rôle important dans l’élimination de ces obstacles, assure-t-il.

Selon lui, l’augmentation peut être attribuable aux anciens militaires souffrant du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) qui veulent vérifier si la drogue peut soulager leur mal.

Le vice-président de Marijuana pour Trauma, Mike Southwell, dit que les vétérans sont bien au courant des bienfaits potentiels de la marijuana. Quand la drogue aide un vétéran, celui-ci en avertit deux autres qui, à leur tour, en préviennent d’autres. C’est une roue qui tourne, ajoute-t-il.

«Si un vétéran prévient un autre vétéran qu’un produit peut aider à combattre un handicap, on peut être certain qu’une centaine d’anciens militaires seront aussi au courant», mentionne-t-il.

Le gouvernement fédéral aimerait bien contrôler cette augmentation. Il doit annoncer bientôt des modifications au programme de la marijuana à des fins médicinales dont les coûts sont en croissance exponentielle. Cette année, la facture doit être d’environ 25 millions $.

L’âge des participants au programme varie beaucoup. On retrouve plusieurs militaires âgés d’environ 25 ans — sans doute des vétérans de l’Afghanistan — et même un ancien soldat de 94 ans de la région de Toronto.

Selon les données, la drogue est moins prescrite aux soldats les plus âgés. Selon M. Walsh, les vétérans les plus jeunes ressentent moins les stigmates de la consommation de la marijuana que leurs collègues plus âgés.

Les doses dépendront de l’état de santé de l’ancien militaire, dit M. Southwell. Un patient souffrant du SSPT ou de douleurs chroniques aura besoin de davantage de marijuana.

«Le métabolisme chimique de chaque personne est différent. Certains individus auront besoin d’une plus grande dose, d’autres d’une dose plus petite. Chaque cas est particulier», ajoute-t-il.

Les bienfaits de la marijuana n’ont pas encore été prouvés par la recherche universitaire, rappelle Lee Windsor, de l’Université du Nouveau-Brunswick. Zane Walsh espère pouvoir répondre à la question. Il se prépare à mener les premiers tests cliniques sur les effets de la marijuana sur les vétérans atteints du SSPT.

Pour M. Southwell, les bienfaits sont réels. Ses clients se sentent mieux et leur qualité de vie s’est améliorée.