Un policier accusé d’avoir tué un Noir a agi raisonnablement, plaide la défense

OTTAWA — Les avocats d’un policier d’Ottawa accusé d’avoir causé la mort d’un homme noir soutiennent que leur client a agi conformément à sa formation et aux informations dont il disposait au moment de la confrontation survenue il y a quatre ans.

La défense a commencé lundi à présenter sa plaidoirie finale par vidéoconférence au procès de l’agent Daniel Montsion, accusé d’homicide involontaire coupable, de voies de fait graves et d’agression armée relativement à la mort d’Abdirahman Abdi le 24 juillet 2016.

Ses avocats ont affirmé qu’il n’avait d’autre choix que de «s’engager» après avoir été appelé en renfort par un autre agent. Il était l’un des deux policiers impliqués dans l’affrontement qui s’est avéré mortel pour Abdirahman Abdi, un Canadien d’origine somalienne âgé de 37 ans.

Dans ses observations finales, l’avocat de la défense, Solomon Friedman, a relevé qu’avant même son arrivée sur les lieux, l’agent Montsion avait entendu un répartiteur signaler que le suspect était violent et qu’il avait fait des attouchements à des femmes à l’extérieur d’un café.

Le policier avait également appris que M. Abdi s’était enfui et avait été aspergé de gaz poivré sans que cela ait un effet sur lui, a souligné l’avocat.

En s’approchant, l’agent Montsion avait pu apercevoir son collègue rouer M. Abdi de coups de pied et le matraquer, a rapporté Me Friedman. M. Abdi avait réussi à parer quelques coups, s’était ensuite tourné vers l’agent Montsion et avait tendu une main vers son épaule, a ajouté l’avocat.

«Il ne fait aucun doute que (Montsion) est confronté à une situation à laquelle il doit réagir, a déclaré Me Friedman au tribunal. Il ne s’agit pas d’un cas où la désescalade joue un rôle. L’agent Montsion avait le devoir d’agir, et il a agi.»

Les procureurs allèguent pour leur part que le policier a utilisé plus de force qu’il n’était raisonnable de le faire dans cette arrestation. Ils affirment qu’une série de coups de poing à la tête assénés peu de temps après l’arrivée de l’agent Montsion ont été un facteur important dans la mort de M. Abdi.

Plusieurs vidéos de l’altercation

Les policiers avaient initialement été appelés à se rendre dans un café après le signalement d’un homme dérangeant.

Ils ont trouvé le suspect à quelques pâtés de l’immeuble où il résidait. Des images captées sur des téléphones portables qui avaient fait surface à l’époque montrent un homme menotté et allongé sur le ventre, tandis que deux agents le maintiennent au sol.

Abdirahman Abdi s’est retrouvé sans signes vitaux lors de l’incident et il est mort à l’hôpital le lendemain. Son décès a déclenché plusieurs manifestations à Ottawa, de même qu’à Toronto et à Montréal.

Au cours de l’audience virtuelle de lundi, Me Friedman a présenté des vidéos de surveillance dans lesquelles on peut voir l’arrivée de l’agent Montsion sur les lieux. M. Abdi ne faisait pas que «résister passivement », contrairement à ce que prétendent les procureurs, a soutenu l’avocat.

À un certain moment, MM. Abdi et Montsion se trouvent en bonne partie hors champ et le policier semble s’en prendre à l’autre homme.

Me Friedman a déclaré que son client tentait de porter une série de coups au visage en guise de diversion, mais que la vidéo ne permet pas de déterminer s’il a atteint sa cible ni avec quelle force.

Selon l’avocat, ces coups figurent parmi les nombreuses options raisonnables qui s’offraient au policier compte tenu des informations dont il disposait.

«L’agent Montsion a choisi une utilisation calibrée de la force qui était nécessaire pour maîtriser M. Abdi», a-t-il martelé.

La défense devrait poursuivre ses plaidoiries finales mardi, suivie de la Couronne. L’audience était initialement prévue en avril mais a été retardée en raison de la pandémie de COVID-19.

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