Un premier verdict pour la mort d’un manifestant prodémocratie au Soudan

KHARTOUM, Soudan — Un tribunal soudanais a condamné lundi 27 membres des forces de sécurité à mort par pendaison pour avoir torturé et tué un manifestant détenu lors du soulèvement contre le dictateur Omar el-Béchir, plus tôt cette année.

Le verdict, qui peut encore être porté en appel, est le premier lié au meurtre de plus de 200 manifestants prodémocratie depuis le début des manifestations au Soudan, en décembre dernier.

«Nous sommes maintenant sûrs que notre révolution continue sur la bonne voie», a déclaré la manifestante Amna Mohammed. Elle faisait partie d’une foule enthousiaste de centaines de personnes réunies pour saluer l’annonce du verdict devant le tribunal d’Omdurman, la ville jumelle de Khartoum, la capitale.

La mort du manifestant Ahmed al-Khair, un enseignant, alors qu’il était en détention en février, a été un moment décisif et un symbole du soulèvement dans le pays. Les manifestations ont finalement provoqué la chute d’Omar el-Béchir en avril et la mise sur pied d’un «conseil souverain» militaire-civil qui s’est engagé à reconstruire le pays et à organiser des élections d’ici trois ans.

L’association des professionnels libanais, un groupe de coordination qui a été très impliqué dans les manifestations, a salué le verdict rendu lundi. Le groupe s’est engagé à poursuivre et à traduire en justice les responsables de la sécurité accusés de torture.

Mohammed al-Feki Soliman, un membre du conseil souverain, a déclaré que le verdict «renouvelait la confiance du peuple soudanais dans ses institutions judiciaires».

Ahmed Al-Khair avait été arrêté le 31 janvier dans sa ville natale de Kassala et sa mort avait été annoncée deux jours plus tard. À l’époque, la police avait nié tout acte répréhensible et avait imputé sa mort à une «maladie», sans donner plus de détails.

Le juge Al-Sadik Al-Amin Al-Fek a toutefois déclaré lundi que l’enseignant avait été battu et torturé pendant sa détention. «Sa mort était une conséquence inévitable des coups et des tortures», a-t-il dit.

Le tribunal a également condamné trois autres membres des forces de sécurité à trois ans de prison chacun, et a acquitté sept suspects. Tous les condamnés étaient des policiers qui travaillaient dans la prison où le manifestant était détenu ou des agents du renseignement dans la région.

Plus tôt en décembre, un tribunal de Khartoum a condamné l’ex-président El-Béchir, détenu par l’armée depuis son renversement, à deux ans de prison pour blanchiment d’argent et corruption.

Le dictateur déchu fait aussi face à des accusations bien plus graves de crimes de guerre et de génocide devant la Cour pénale internationale pour la répression brutale de l’insurrection dans la province du Darfour au début des années 2000. L’armée a jusqu’ici refusé de l’extrader pour qu’il soit jugé à La Haye.

Omar El-Béchir doit aussi faire face à un autre procès au Soudan pour son implication dans le mort de manifestants dans les mois ayant précédé son renversement.