Un professeur ontarien défend son article contre la discrimination positive

TORONTO — Un professeur ontarien qui avait déclenché une controverse en utilisant une prestigieuse revue scientifique internationale pour remettre en question l’impact de la discrimination positive sur la qualité de la recherche riposte à ses détracteurs, en affirmant qu’il a été victime de la rage des médias sociaux.

Dans une longue déclaration, Tomas Hudlicky, âgé de 69 ans, de l’Université Brock, à St. Catharines, persiste et signe, mais il soutient que ses opinions ont été mal interprétées. Le professeur Hudlicky affirme notamment que l’embauche devrait être fondée sur le mérite et non sur l’appartenance d’un candidat à un groupe social particulier.

Il admet toutefois aujourd’hui qu’il aurait pu être plus clair et plus diplomate, en montrant «l’influence positive» de la diversité. «Je ne m’oppose pas à la diversité de la main-d’oeuvre et je ne m’y suis pas opposé dans l’article: je me suis opposé au traitement préférentiel d’un groupe par rapport à un autre», soutient-il. Il estime que la meilleure façon d’améliorer la diversité dans les facultés universitaires est d’embaucher les meilleurs candidats, qui pourront ensuite former et encadrer un groupe diversifié et inclusif de scientifiques et d’universitaires de la prochaine génération.

M. Hudlicky affirme aujourd’hui que la rage des médias sociaux dans cette affaire a conduit à l’intimidation des dirigeants d’une grande revue scientifique, qu’elle l’a attaqué personnellement et a incité l’Université Brock à condamner ses opinions et ses valeurs, menaçant même de prendre de nouvelles mesures contre lui.

Le professeur Hudlicky avait publié en juin un article dans la revue allemande «Angewandte Chemie», qui se targue d’être l’une des principales revues de chimie dans le monde. Dans son article de sept pages, il y recensait les tendances récentes des recherches sur la synthèse organique, mais il y dénonçait au détour le traitement «préférentiel» accordé aux femmes et aux minorités dans les milieux de la recherche.

Des excuses de l’université

La publication de son article a déclenché une tempête, parfois violente. Dans une lettre ouverte, le vice-président aux études de l’université à l’époque avait condamné des déclarations «hautement répréhensibles» et «blessantes», et il s’était excusé publiquement — tout comme la revue, d’ailleurs, qui a depuis retiré l’article et suspendu deux rédacteurs en chef. Ses administrateurs, y compris des universitaires canadiens, ont démissionné du conseil d’administration.

Le professeur Hudlicky compte toutefois des partisans, qui dénoncent une atteinte à la liberté d’expression. L’Association canadienne des professeurs d’université et celle des professeurs de l’Université Brock l’ont notamment défendu.

«Il est tragique de voir que, dans plusieurs sociétés démocratiques occidentales, le discours et le débat ouverts peuvent apparemment être facilement remplacés par la censure, la persécution et la condamnation, propagées par les médias sociaux», écrit M. Hudlicky. «L’apparition et la poursuite ces dernières années de certaines idéologies nouvelles et politiquement correctes ont conduit à la création d’une société dans laquelle toute opposition ou toute opinion dissidente concernant les nouvelles normes est réduite au silence et sanctionnée plutôt que discutée. Il s’agit d’une tendance très dangereuse.»

Titulaire d’une chaire de recherche du Canada en chimie, il affirme que l’université a sali sa réputation professionnelle. Il précise avoir déposé un grief contre l’institution dans lequel il demande le retrait de la lettre critique et des excuses publiques. Le directeur de Brock, Kevin Cavanagh, a indiqué lundi que l’université «n’avait plus rien à ajouter à cette discussion». La revue «Angewandte Chemie» n’a pas répondu à une demande d’entrevue.

Laisser un commentaire
Les plus populaires