Un programme de techniques policières adapté aux réalités autochtones

ROUYN NORANDA, Qc — Grâce à un partenariat avec le Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, le Cégep de Baie-Comeau offrira dès l’automne 2021 un programme de techniques policières adapté aux communautés autochtones et aux régions.

Il aura fallu trois ans de travaux et de représentations pour former le partenariat et obtenir une autorisation provisoire.

C’est le deuxième partenariat entre les deux Cégeps. L’an dernier, le campus de Val-d’Or du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue avait permis au Cégep de Baie-Comeau d’obtenir un programme de Soins préhospitaliers d’urgence (SPU), pour la formation d’ambulanciers.

«Ces partenariats viennent diversifier notre carte de programmes, ce qui permet aux étudiants de la Côte-Nord de demeurer dans la région pour étudier, indique le Directeur du Cégep de Baie-Comeau, Claude Montigny. Ici, nous avons neuf communautés autochtones, dont cinq qui ont leur propre poste de police. Nos finissants seront bien outillés quand ils reviendront travailler dans leur région.

Une première cohorte

L’autorisation provisoire permet au Cégep de Baie-Comeau de former trois cohortes de vingt étudiants chacune, parrainée par le Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. «Nos deux régions possèdent de nombreuses caractéristiques similaires, fait valoir le directeur du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Sylvain Blais. Nous partageons de plus les mêmes réalités, et nous sommes heureux de partager notre expertise.»

Les dirigeants des différentes communautés autochtones de la Côte-Nord voient d’un bon œil ce nouveau programme dans leur région. «Nous avons vécu par le passé des événements malheureux dûs à l’incompréhension des réalités des Premières-Nations, a dit le chef de la communauté de Pessamit, Jean-Marie Vollant. Nous appuyons donc ce nouveau programme, qui, on l’espère, aidera à nous faire connaître.»

Les deux Cégeps ont proposé une actualisation de la formation dans la foulée de la Commission Viens et de la Commissaion d’enquête sur les femmes autochtones assassinées et disparues.

L’ex-commissaire Michelle Audette a salué l’ouverture dont ont fait preuve les deux établissements. «Il est important que les policiers qui servent la région aient une meilleure compréhension de nos valeurs, de notre culture et de nos façons de faire, dit Mme Audette. De plus, on va former des policiers qui parlent notre langue, ça va remplir le fossé qui existe parfois.»

Une réalité bien différente

Le DEC en Techniques policières adapté aux communautés autochtones est bien différent de celui offert dans d’autres régions du Québec.

«L’Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord sont des régions peu densément peuplées, souligne Isabelle Coursol, enseignante en techniques policières au campus de Rouyn-Noranda. Nous formons nos futurs policiers pour qu’ils soient aussi ambulanciers, travailleurs sociaux et infirmiers. Ils doivent souvent intervenir à des centaines de kilomètres d’un hôpital, dans des communautés isolées.»

Le programme va contenir un volet sensibilisation à la réalité autochtone, mais pas nécessairement des cours reliés à la culture autochtone. «Les étudiants connaissent bien ces réalités, puisqu’ils en sont pour la plupart issus, souligne Isabelle Coursol. Cela et le fait qu’ils parlent la langue de leur communauté va les outiller pour désamorcer certaines situations.»

Le directeur du Cégep de Baie-Comeau ne s’inquiète pas, côté recrutement. «C’est un programme qui suscite déjà de l’intérêt, dit-il. C’est un programme contingenté, et je suis persuadé que les places se rempliront rapidement.»

Michel Ducas, Initiative de journalisme local

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