Un programme pour aider les travailleurs à acquérir des compétences

OTTAWA — Lorsque la COVID-19 a forcé la fermeture des grands magasins, Mary Junne Boyco et ses collègues ont perdu leur emploi, mettant fin à plus d’une décennie de travail dans le secteur des services.

La femme de 35 ans a perdu le sommeil alors qu’elle ressentait de l’anxiété au sujet de sa capacité à payer les factures et la possibilité de retourner un jour au travail.

Dans les mois qui ont suivi, elle est retournée à l’école pour améliorer ses compétences. Elle a commencé à chercher du travail en dehors du secteur des services, qui, un an après le début de la pandémie, a encore le plus long chemin à parcourir pour revenir vers les niveaux d’emploi d’avant la crise.

Mme Boyco pourrait être imitée par plusieurs ex-travailleurs du secteur des services grâce à des dizaines de nouveaux programmes de formation professionnelle dévoilés par le biais du Centre des Compétences futures, financé par le gouvernement fédéral, pour aider les travailleurs à atténuer certains des impacts à long terme de la pandémie.

La COVID-19 a en fait accéléré les changements déjà en cours dans l’économie, en particulier au moment où les entreprises trouvent des moyens de se connecter numériquement avec leurs clients pour augmenter leurs activités sans ajouter de main-d’oeuvre.

Le directeur général du centre, Pedro Barata, a déclaré que les programmes visent à repenser la manière d’aider les travailleurs les plus touchés par la pandémie à s’adapter à un marché du travail en mutation.

Parmi les travailleurs ciblés pour les programmes de formation figurent les femmes des minorités visibles, les Autochtones, les nouveaux arrivants et les jeunes.

«Si nous nous en tenons aux modèles actuels (…), nous allons laisser beaucoup de monde derrière», a expliqué M. Barata en entrevue.

«Ce n’est pas bon pour les gens eux-mêmes, mais ce n’est pas bon, non plus, pour notre économie et, franchement, pour notre société.»

M. Barata a indiqué qu’il s’attendait à ce que le budget du gouvernement libéral fédéral du 19 avril décrive un plan pour que les travailleurs améliorent leurs compétences et continuent d’évoluer aux côtés des entreprises.

En février, l’économie comptait 599 100 emplois de moins qu’en février de l’année dernière, soit 3,1 % de moins que les niveaux d’avant la pandémie. Statistique Canada fournira vendredi les chiffres de l’emploi pour mars.

Les travailleurs et les chefs d’entreprise estiment généralement que la formation professionnelle devrait être une priorité pour aider les travailleurs à réintégrer le marché du travail, mais trop peu ont des stratégies pour le faire, a affirmé M. Barata.

Sans une vision plus large de la formation, il faudra peut-être plus de temps aux travailleurs touchés par la COVID-19 pour trouver un nouvel emploi.

Mme Boyco a raconté qu’elle était retournée à l’école et avait suivi un cours de certificat professionnel en ressources humaines, considérant cela comme un cheminement de carrière possible avec plus de sécurité. Elle a ajouté qu’elle croyait que l’amélioration de ses compétences les avait rendues plus adaptées au marché du travail.

«J’ai commencé à chercher un emploi en dehors du secteur des services, ou quelque chose qui pourrait me fournir une future carrière stable et me protéger de l’impact de nouvelles épidémies», a expliqué Mme Boyco. 

Le Centre des Compétences futures de Toronto prévoit financer 65 projets à hauteur de 32,4 millions $ pour aider les travailleurs touchés par la pandémie à se mettre à niveau ou à développer de nouvelles compétences. L’organisme est financé par le programme Compétences futures du gouvernement fédéral.

L’un de ces programmes vise à accueillir 120 ex-travailleuses du secteur des services en Ontario, comme Mme Boyco, et à les aider à se diriger vers des secteurs à forte croissance comme la technologie, la finance ou les soins de santé en développant de nouvelles compétences ou en réappliquant des compétences existantes.

Le programme, partiellement supervisé par The Career Foundation, fait également partie d’une discussion plus large pour voir où se dirigent les industries en croissance et de quelles compétences les employeurs auront besoin, a déclaré Evelyn Akselrod, vice-présidente du développement stratégique, des partenariats communautaires et d’entreprise de la fondation.

Il s’agit également d’aider les gens à adhérer à l’idée de la formation tout au long de la vie, a-t-elle ajouté.

Le dernier budget des libéraux, en 2019, décrivait un tel plan pour donner aux travailleurs des congés payés et une nouvelle prestation pour épargner pour des programmes de formation admissibles.

La pandémie a retardé le déploiement de la prestation.

Lors d’un comité parlementaire le mois dernier, la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, a déclaré que le gouvernement examinait à nouveau l’Allocation canadienne pour la formation et comment elle pourrait devoir changer à la lumière des 12 derniers mois.

«Nous travaillons actuellement avec les parties pour comprendre la meilleure façon de soutenir les travailleurs (…) y compris ce que la prestation de formation pourrait faire pour un plus grand nombre de Canadiens», a déclaré Mme Qualtrough, soulignant qu’elle s’adresse à ceux qui ont un emploi et veulent du temps pour améliorer leurs compétences.

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