Un projet de recherche pour identifier le racisme dans les écoles primaires

MONTRÉAL — Une recherche partenariale lancée ce mois-ci documentera les expériences de racisme anti-noir vécues par des élèves du primaire au Québec, un phénomène plus présent qu’on ne le penserait selon la directrice du projet, la professeure en éducation et formation spécialisée Gina Lafortune.

«J’ai mené quelques recherches dans le passé qui visaient plus à comprendre l’expérience des jeunes au secondaire et au collégial, et à chaque fois, ça revenait, explique la professeure de l’Université du Québec à Montréal. Pas seulement les jeunes, mais beaucoup d’enseignants et d’intervenants communautaires relataient des situations qui s’étaient passées au primaire.»

«Ça fait partie de ce que les jeunes vivent. Ils vont dire « un ami m’avait dit telle chose en lien avec la couleur, une insulte, refusait de joueur avec moi parce que j’étais noir ou ne voulait pas s’asseoir à côté de moi » (…) on entend aussi parfois des commentaires d’enseignants qui disaient des choses sur certains élèves ou qui leur faisaient des remarques en lien avec la couleur de peau, ou des aptitudes, des capacités qu’ils n’ont pas.»

Pour identifier ce genre de situation, les chercheurs commenceront par observer le déroulement des classes d’écoles participantes. Puis, ils échangeront avec les enfants par le biais d’activités adaptées à leur âge et auront des entretiens avec les parents et le personnel scolaire.

Ils suivront environ cinq ou six écoles volontaires sur une période d’un an et demi à deux ans. 

La recherche sera faite en collaboration avec une dizaine d’organismes partenaires, dont le ministère de l’Éducation et plusieurs centres de services scolaires. Le Conseil de recherches en sciences humaines du gouvernement canadien et l’Observatoire des communautés noires du Québec ont participé au financement de l’initiative, à la hauteur de 335 000 et 108 000 respectivement.

Conséquences invisibles

Outre les attaques directes, le racisme anti-noir peut aussi prendre des formes plus insidieuses, indique la Pre Lafortune, qui s’intéresse aussi à ce que disent les manuels scolaires que l’on fait lire aux enfants. «Comment les groupes sont-ils présentés dans les manuels, dans la littérature jeunesse, qui est là, qui n’est pas là, dans quel rôle, dans quel statut?», s’est-elle interrogée.

Le racisme qu’un enfant subit au primaire peu très bien le suivre toute sa vie, selon elle :«À un moment donné, on sent que les attentes envers nous sont différentes, qu’on a cette représentation-là qu’on est « destiné à l’échec », donc ça joue sur l’estime de soi» et crée un «sentiment d’injustice» et de «de mal-être».

Elle s’interroge aussi sur «les processus d’orientation des élèves dans des classes de troubles d’apprentissage, de trouble de comportement», comme «c’est quand même assez bien documenté qu’il y a des biais dans ces façons de faire.»

Ces choix peuvent affecter la vie entière de l’enfant, a-t-elle soutenu, alors que «si très rapidement je suis orienté dans ma trajectoire dans une classe de trouble d’apprentissage ou de trouble de comportement, c’est documenté que ça va avoir un impact très clair sur la suite, sur le taux de diplomation au secondaire et c’est sûr que ça entretient un cycle de pauvreté dans certaines communautés».

D’ailleurs, le recoupement entre «le racisme et la défavorisation» est aussi un enjeu qui est sous sa loupe: «Par exemple, dans certains milieux où il y a beaucoup d’élèves issus de l’immigration appartenant à des minorités, est-ce qu’ils ont toutes les ressources nécessaires lorsqu’on compare à d’autres écoles?»

Trouver des solutions

La Pre Lafortune a insisté sur le fait que le but de sa démarche n’était pas de pointer du doigt des coupables, mais de trouver des solutions.

«Ce n’est pas pour culpabiliser ou dire que l’enseignant est raciste, on n’en est pas là, ça relève beaucoup plus d’un système, c’est ancré, c’est quelque chose d’historique qui se perpétue», a-t-elle fait valoir, disant vouloir travailler de concert avec les écoles volontaires pour identifier des enjeux et développer de nouvelles manières de faire.

Elle s’est dite consciente du «malaise» qui entoure ces questions. «Nous sommes comme dans une sorte de déni (…), mais je pense que nous sommes rendus à en parler, nous sommes rendu à nous dire qu’on ne peut pas faire comme si ça n’existait pas.»

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