Un public nerveux attend de savoir qui a été élu

PHILADELPHIE — Confronté à des États-Unis plus divisés que jamais quant à l’identité du prochain président, un public nerveux et anxieux attendait toujours de savoir, mercredi, comment se terminera une des campagnes présidentielles les plus acrimonieuses de l’histoire.

À travers le pays, des électeurs en manque de sommeil étaient rivés à leurs écrans de télévision ou à des cartes quadrillées de rouge et de bleu, mais qui ne fournissaient aucune réponse claire.

«Il va y avoir beaucoup de confusion, beaucoup de chaos, a prédit Lewis Steven, un designer graphique de 47 ans qui a voté pour Joe Biden dans la région de Détroit. Je m’attends à des contestations devant les tribunaux, tout le bataclan.»

Le dépouillement des votes se poursuivait mercredi et risquait de s’étirer sur encore plusieurs jours. Ni le président Donald Trump ni Joe Biden n’ont encore engrangé les 270 grands électeurs qui les enverraient à la Maison-Blanche.

Il n’y a rien d’anormal dans tout ça, au-delà de l’avalanche anticipée de votes par correspondance, mais le manque de certitude avive les nerfs d’un public épuisé par une campagne apparemment sans fin, et toutes les attaques et toutes les publicités qui en font partie.

La décision appartient maintenant aux électeurs d’une poignée d’États pivots où les deux candidats ne sont pour le moment départagés que par des poussières, ce qui risque de déboucher sur des dépouillements judiciaires et des poursuites.

Jason Klemm, un acteur de 49 ans de Philadelphie, sirotait de la vodka dans un verre 7-Eleven mercredi matin sur la place Rittenhouse, essayant de calmer ses nerfs après être resté devant la télévision jusqu’à 4 h et avoir fait une courte sieste. Alors que les résultats continuaient à être annoncés, M. Klemm avait davantage confiance que son candidat, Joe Biden, puisse triompher, mais il savait que ce serait une courte victoire.

«J’aurais aimé un miracle hier, mais ça ne s’est pas produit, a-t-il dit. Mais chaque fois que je m’éloigne et que je reviens, c’est un petit peu mieux pour Biden.»

En Caroline du Nord, où les démocrates s’accrochaient à l’espoir malgré l’avance de M. Trump, un étudiant de 18 ans qui a voté pour la première fois, Kyle Holland, gardait espoir de voir le président l’emporter.

«Je pense qu’il est dans une bonne position. Évidemment, ce ne sera pas une victoire éclatante ou quelque chose du genre, mais je pense qu’il va se rendre à 270 grands électeurs», a dit le résident de la ville de Faison.

Au Michigan, où M. Biden détenait une faible avance, Jerry Stutzman, un homme de 78 ans qui a voté pour M. Trump, s’est dit déçu des retards dans le dépouillement, tout en disant que ça ne l’empêcherait pas de dormir.

«Il faut faire attention à ce qui nous énerve, a dit l’homme d’affaires à la retraite. Je vais rester positif. Je ne vais pas m’enterrer dans le sable. Il y aura toujours des problèmes dans le monde et il faut apprendre à vivre avec.»

Ailleurs dans cet État, les gens étaient un peu moins calmes.

À un rassemblement du groupe «Fems for Dems» de Bloomfield Hills, une banlieue bien nantie de Détroit, les participantes grinçaient des dents et baissaient la tête à l’annonce des résultats; certaines ont même envisagé de passer du vin rouge à la tequila. Et même si elles ne perdaient pas espoir, elles savaient qu’elles n’auraient pas ce qu’elles voulaient: une répudiation nationale du président Trump.

«Je pense honnêtement que je vais avoir une crise cardiaque avant que ce soit fini, a dit  Denice Asbell. J’ai l’impression que ça nous échappe. Ça me fait peur de le dire à voix haute, mais notre victoire potentielle s’en va lentement.»

Sa fille de 13 ans, Rhegan Stallworth, a fait écho à l’angoisse d’un pays divisé dans lequel plusieurs membres d’un camp ne comprennent pas ceux de l’autre.

«C’est comme placer ta vie entre les mains d’un pays à qui tu ne fais pas confiance», a-t-elle dit.

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