Un Québécois condamné il y a 20 ans pour son rôle dans la mafia sera déporté

MONTRÉAL — Un Québécois condamné il y a plus de 20 ans pour son rôle dans une importation de drogue liée à la mafia sera déporté dans son Italie natale cette semaine, à moins d’un sursis de dernière minute du gouvernement fédéral.

Michele Torre a déjà vécu cela: il avait failli se faire déporter en 2016, mais 90 minutes avant son vol, il avait obtenu un sursis qui a eu pour effet de suspendre temporairement cette ordonnance.

Mais les autorités ont de nouveau décidé de l’expulser en Italie plus tôt cette année et un juge de la Cour fédérale s’est prononcé contre une demande de sursis, à Montréal, mardi.

Son avocat, Stephane Handfield, plaidait que M. Torre devrait être autorisé à rester en raison des problèmes de santé graves de sa femme.

Lisa Maziade, l’avocate du gouvernement fédéral, a rétorqué que les problèmes de santé de sa femme ne seraient pas aggravés par son départ. Elle a ajouté que le travailleur contractuel de 67 ans avait épuisé ses recours et avait échoué à démontrer qu’il souffrirait d’un préjudice irréparable advenant sa déportation.

Le juge Simon Noël s’est rangé du côté du gouvernement, soulignant que la femme de l’individu avait près d’une douzaine de professionnels de santé prêts à l’aider, en plus de ses trois enfants adultes.

Le juge Noël a déclaré que M. Torre avait fait certains choix et qu’il devait en subir les conséquences.

Il a poursuivi en disant que M. Torre, un ancien résident permanent, n’avait pas fait sa demande de citoyenneté canadienne même s’il vivait depuis des décennies au Canada.

Le juge a donc conclu qu’il était «l’artisan de son propre malheur».

Depuis 2013, le gouvernement fédéral cherche à renvoyer M. Torre, qui est arrivé au Canada il y a plus de 50 ans, pour «grande criminalité et criminalité organisée».

Plus de 20 ans plus tard

Michele Torre a été reconnu coupable en 1996 dans un complot d’importation de cocaïne lié à la famille criminelle des Cotroni. Il a purgé une partie de sa peine de prison de neuf ans, mais à l’époque, il n’était pas question de déportation.

Il avait auparavant nié être «lié à la mafia» ou avoir été un «homme de main» de l’organisation criminelle. Il disait avoir seulement suivi des ordres après que le bar dans lequel il travaillait soit tombé sous le contrôle du crime organisé.

En 2006, M. Torre s’est retrouvé une fois de plus dans les mailles de la police, qui à l’époque, menait une opération pour démanteler le réseau montréalais de la mafia. Il avait alors passé trois ans en prison, avant d’être acquitté.

L’homme avait reçu sa résidence permanente après être arrivé d’Italie en 1967, alors qu’il était adolescent. Ce statut lui avait été enlevé lorsque le processus pour le déporter avait commencé.

Son inadmissibilité a fait surface plusieurs années après sa condamnation, lorsqu’il a demandé la citoyenneté canadienne pour être gracié et pour voyager plus facilement aux États-Unis.

Son dossier a fini devant la Cour suprême en 2016, qui avait à l’époque refusé d’entendre cette affaire.

Une mesure de renvoi avait été prononcée plus tard cette année-là, mais il avait finalement bénéficié d’un sursis de deux ans. Lorsqu’il est venu à échéance, une nouvelle mesure de renvoi a été ordonnée en janvier.

Ottawa pourrait intervenir

Michele Torre doit quitter le Canada jeudi soir. Son seul espoir est que les ministres de la Sécurité publique et de l’Immigration suspendent sa déportation, pour lui permettre de rester au pays pendant que son dossier serait réexaminé pour des motifs humanitaires.

Son avocat et sa famille ont affirmé qu’il était injuste de l’expulser si longtemps après sa dernière condamnation, qui remonte maintenant à 23 ans. Ils notent qu’il a déjà purgé sa peine et qu’il n’a pas récidivé depuis.

En plus de sa femme et de ses enfants, il a six petits-enfants qui sont au Canada.

Puisque les démarches de M. Torre pour reprendre sa résidence permanente se sont avérées vaines, sa seule option pour rester au Canada était de rester avec un permis de séjour temporaire — renouvelable chaque deux ans — comme celui qu’il avait reçu en 2016.

Me Hanfield dit qu’il ne sait pas pourquoi la demande de M. Torre a été refusée, parce que sa situation n’a pas changé dans les deux dernières années.

«Je ne comprends pas la décision», a déclaré l’avocat.

«On voulait faire en sorte que le renvoi de jeudi soit stoppé, la cour en a décidé autrement, reste maintenant aux ministres de prendre une décision.»

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