Un rapport accablant sur la gestion du Fonds vert

MONTRÉAL — La gestion du Fonds vert et les projets qu’il finance seront entièrement revus et corrigés à la lumière d’un rapport accablant publié mercredi qui a mis le premier ministre François Legault dans tous ses états.

«C’est géré n’importe comment!» s’est exclamé le premier ministre. L’opposition officielle souligne toutefois qu’une facture imprévue de près de 300 millions $ pourrait atterrir bientôt sur les bureaux du gouvernement caquiste en raison de ce rapport.

«(Il y a) plusieurs ministères qui pigent et il n’y a aucune optimisation en fonction de la réduction des GES (gaz à effet de serre), donc beaucoup de travail à faire», a dit François Legault au cours d’une mêlée de presse dans un corridor du parlement.

Le rapport du Conseil de gestion du Fonds vert (CGFV) recommande le maintien de moins de la moitié des mesures du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques.

Le Conseil indique que sur un total de 185 actions devant favoriser la transition écologique, seulement 71 méritent d’être poursuivies — les autres étant à bonifier, à réévaluer ou à carrément abandonner dès que possible.

À ce sujet, François Legault n’a pas voulu trancher dans l’immédiat le sort de projets qui seraient déjà en cours et financés par le Fonds vert: «On va regarder, que ce soit des projets de ministères, de municipalités, d’entreprises. Il faut que chaque dollar investi fasse le plus de chemin pour réduire les GES», a-t-il fait valoir.

Le rapport conclut qu’un virage majeur s’impose pour optimiser l’utilisation des budgets du Fonds vert, créé en 2006 afin d’appuyer la réalisation de mesures environnementales et favoriser le développement durable du Québec.

Plan à venir

La ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé, a pour sa part noté l’absence de reddition de comptes sur le plan environnemental du Fonds vert: «Il y a seulement 17 actions sur 185 qui ont un indicateur de réduction des gaz à effet de serre. C’est alarmant quand on sait que c’est exactement à ça que sert le Fonds vert.»

Elle a assuré que cette situation ne serait plus acceptable dans l’avenir: «Il faudra que chacune des actions où ces sommes sont allouées ait des indicateurs de performance.»

Mme Chassé a rappelé qu’elle était à préparer un plan d’action, insistant au passage à plusieurs reprises sur le fait que le Fonds vert disposait de sommes qui n’ont pas encore servi.

«C’est clair qu’on va s’assurer que les sommes qui sont actuellement dormantes — je ne peux pas accepter ça longtemps — il faut que les sommes servent de façon efficace à réduire les gaz à effet de serre.»

La ministre a cependant précisé que l’argent du Fonds vert devrait aussi être orienté vers l’adaptation aux changements climatiques, dont la population en général peine à mesurer les impacts qu’elle ne voit pas encore.

«Le plan d’action qui va être en place va permettre de réduire de façon efficace les gaz à effet de serre, mais aussi d’aborder des enjeux pour mieux s’adapter aux changements climatiques», a-t-elle dit.

Facture de près de 300 millions $

Pour sa part, l’opposition officielle libérale a retenu une recommandation du rapport qui pourrait coûter cher au gouvernement: on propose de cesser de financer avec le Fonds vert le budget d’exploitation des sociétés de transport en commun.

«Ça m’a beaucoup surpris», a dit le porte-parole libéral sur les dossiers du Conseil du trésor, Gaétan Barrette, dans une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Il a rappelé que cela équivaudrait à un manque à gagner de 300 millions $ par an pour le transport en commun, qui devra être compensé par le contribuable des municipalités — ce dont il doute — mais plus probablement par le gouvernement.

«Vous avez remarqué que la ministre de l’Environnement n’y a pas fait référence. Les 300 millions $ ne vont pas disparaître. Ils vont venir de quelle poche?»

Le Parti libéral s’est par ailleurs félicité d’avoir mis en place des mesures pour la gestion transparente du Fonds vert, du temps où il formait le gouvernement.

L’opposition officielle exige toutefois maintenant un registre détaillé qui indiquerait précisément la réduction en GES obtenue par la mise en oeuvre de chacune des mesures.

Rappelons que le Québec s’est donné un objectif de réduire ses émissions de GES de 20 pour cent sous leur niveau de 1990, et ce, d’ici 2020.

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