Un rapport inquiétant sur la Stratégie nationale de construction navale

OTTAWA — La vérificatrice générale fédérale Karen Hogan a lancé un avertissement sévère jeudi selon lequel la mauvaise gestion du gouvernement menace de laisser la Marine royale et la Garde côtière sans les navires dont elles ont besoin pour défendre le Canada et protéger ses voies navigables.

L’avertissement est contenu dans un nouveau rapport déposé à la Chambre des communes qui offre une évaluation accablante de l’état de la Stratégie nationale de construction navale de plusieurs milliards de dollars d’Ottawa près de 10 ans après son lancement.

Mme Hogan et son équipe ont constaté des retards dans tous les domaines dans la construction et la livraison de nouveaux navires pour la Marine royale canadienne et la Garde côtière canadienne avant même le début de la pandémie de COVID-19.

Ces retards menacent de créer des pénuries, car les navires de la Marine et de la Garde côtière que les prochains modèles sont censés remplacer sont sur le point de finir leur vie utile ou, dans certains cas, ont déjà atteint ce stade.

Parmi ceux qui ont déjà été mis au rancart figurent les trois destroyers et deux navires de soutien de la Marine, tandis que la Garde côtière a parfois dû se passer de certains navires de recherche et brise-glace parce que les embarcations existantes sont amarrées pour des réparations.

Le rapport de Mme Hogan identifie une variété de problèmes et d’erreurs dans la gestion par le gouvernement du plan de construction navale au cours de la dernière décennie.

La vérificatrice générale dit que le gouvernement a réussi à atténuer certains des effets à court terme, mais elle prévient que le Canada ressent déjà la pression à mesure que les navires sont mis au rancart ou sont contraints de subir des travaux d’entretien prolongés sans solution de remplacement dans l’immédiat.

«La livraison de nombreux navires a été considérablement retardée et de nouveaux retards pourraient entraîner le retrait de plusieurs navires avant que de nouveaux navires ne soient opérationnels», indique le rapport de Mme Hogan, qui examine la façon dont le plan a été géré de janvier 2018 à janvier 2020.

«La Défense nationale et la Garde côtière canadienne ont pris des mesures pour préserver leurs capacités opérationnelles jusqu’à la livraison des nouveaux navires, mais ces capacités provisoires sont limitées et ne peuvent pas être maintenues indéfiniment», indique le rapport.

Le rapport ajoute que l’impact de la pandémie de COVID-19 n’a pas été évalué, mais que les chantiers navals ont fermé ou réduit leurs effectifs en raison de restrictions, ce qui menacerait davantage les calendriers de construction et de livraison.

Le rapport de la vérificatrice générale a été dévoilé un jour après que le directeur parlementaire du budget eut estimé que la construction de 15 nouveaux navires de guerre dans le cadre de la stratégie coûterait 77,3 milliards $, soit environ 17 milliards $ de plus que le prix annoncé par le gouvernement.

Qu’en sera-t-il de Davie?

Les deux rapports sont susceptibles de soulever de nouvelles questions sur le plan de construction navale, qui a été lancé pour de bon en octobre 2011 lorsque les chantiers Irving à Halifax et Seaspan à Vancouver ont été sélectionnés pour construire des dizaines de navires de la Marine et de la Garde côtière.

Le gouvernement travaille maintenant à ajouter un troisième chantier naval au programme, Davie à Québec.

Jeudi, à la Chambre des communes, la porte-parole du Bloc québécois en matière d’approvisionnement et de services publics, Julie Vignola, a souligné les dépassements de coûts reliés à Irving et s’est demandé quand le «gouvernement allait confier sa juste part de contrat à la Davie».

«Bien sûr, nous avons entamé les discussions pour inclure le chantier Davie de Québec dans cette stratégie pour justement compléter le travail et doter notre Marine et notre Garde côtière de navires dont (elles) sont dignes», a répondu le Secrétaire parlementaire de la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Steven MacKinnon.

M. MacKinnon a souligné que Davie avait été mis à contribution pour «des milliards de dollars en brise-glace, pour la réfection de frégates, pour la construction de traversiers».

«Bien sûr, le troisième chantier, on est en négociations pour y inclure le chantier Davie. Donc, le chantier Davie pourra faire partie de la Stratégie nationale de construction navale», a-t-il affirmé.

La vérificatrice générale a déclaré que le gouvernement n’avait «pas encore confirmé que les deux chantiers retenus de Halifax et de Vancouver avaient atteint un état cible, c’est-à-dire qu’ils satisfaisaient aux normes internationales, (…) leur permettant de construire des navires de manière efficiente».

Réagissant au rapport, la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, a affirmé qu’il y avait eu l’établissement de «calendriers désormais reconnus comme irréalistes» au cours des premières années de la mise en œuvre de la Stratégie.

Elle a dit accueillir favorablement le rapport de la vérificatrice générale et accepter toutes les recommandations.

«Bien que nous ayons progressé, la Stratégie est une initiative qui s’étend sur plusieurs décennies et des améliorations continues seront nécessaires», a-t-elle affirmé.

Le porte-parole conservateur en matière de défense, James Bezan, a présenté le rapport de la vérificatrice générale comme une preuve de la piètre gestion du gouvernement libéral.

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