Un rapport recommande un dépistage accru des PFAS

MONTRÉAL — Un rapport présenté vendredi au gouvernement américain, et auquel a contribué un chercheur montréalais, recommande que les patients qui ont été exposés aux PFAS fassent l’objet de tests de dépistage plus poussés, pour vérifier s’ils présentent un risque accru de certains problèmes de santé.

Les PFAS sont un groupe de produits chimiques dont les propriétés peuvent rendre les produits résistants à l’eau, à l’huile ou aux changements de température, ou encore réduire la friction. On les retrouve dans une multitude d’objets courants, des instruments de cuisines non adhésifs aux mousses ignifuges en passant par les tissus résistants aux taches.

Les PFAS ont été associés à différents problèmes de santé humaine. Les données scientifiques les plus solides concernent un possible risque accru de diminution de la réponse immunitaire; de taux de cholestérol élevés chez les enfants et les adultes; de problèmes de croissance chez les fœtus et les bambins; et de cancer du rein chez l’adulte.

Le rapport de la National Academies of Sciences, Engineering and Medicine, auquel a contribué le professeur Marc-André Verner de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, suggère que les patients qui ont été exposés aux PFAS dans le cadre de leur emploi ou parce qu’on en retrouve dans leur environnement se voient offrir des tests sanguins par leur médecin, pour déterminer si on devrait ensuite leur proposer un dépistage de différents problèmes de santé et même un suivi annuel.

«C’est pour attraper les maladies ou les problèmes de santé avant que ça ne dégénère, a dit M. Verner, qui était le seul Canadien membre du comité qui a mis 18 mois à produire ce rapport. On veut s’assurer qu’on n’attend pas à la dernière minute, quand les symptômes sont très prononcés, que la maladie soit avancée. On se base sur la littérature scientifique pour essayer de faire de la prévention et attraper les maladies un peu plus tôt.»

Dans un récent document publié par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis, la concentration de certains PFAS dans l’eau potable jugée sans effet néfaste sur la santé est tellement faible qu’elle est difficilement mesurable avec la technologie actuelle.

La fabrication, l’utilisation et la vente de la très grande majorité des PFAS sont interdites dans plusieurs pays, dont le Canada, depuis plusieurs années, mais des exceptions persistent. Les produits utilisés pour les remplacer inquiètent aussi les chercheurs.

Cela étant dit, la nature même de la plupart des PFAS les empêche de se dégrader au fil du temps, ce qui signifie qu’ils peuvent perdurer dans l’environnement pendant des décennies. On recense au moins 2854 emplacements contaminés par les PFAS aux États-Unis, mais la situation est beaucoup moins bien documentée au Canada.

«On sait que les (points chauds) pour les PFAS sont autour des aéroports et des bases militaires, parfois aussi autour des dépotoirs», a dit M. Verner, qui étudie depuis plusieurs années l’évaluation de l’exposition aux PFAS.

Dans le cadre de ce rapport, son expertise a notamment été mise à contribution pour déterminer à partir de quelles concentrations sanguines de PFAS un suivi médical plus serré serait approprié.

Si les PFAS sont bien connus dans le domaine de la santé environnementale, ajoute-t-il, ils le sont un peu moins au sein de la communauté médicale (en comparaison, par exemple, avec des substances comme le plomb). Un médecin qui a comme patient un pompier n’aura donc pas nécessairement le réflexe de lui proposer un test sanguin pour mesurer le taux de PFAS dans son organisme, pour déterminer si des tests plus poussés sont pertinents.

La situation est la même aux États-Unis, a dit M. Verner.

«Il y a même des communautés connues pour être contaminées où les médecins refusaient ou même riaient des patients qui demandaient des tests sanguins, a-t-il indiqué. Donc c’est vraiment un travail qu’on fait pour sensibiliser un peu les praticiens, pour que ça tombe sur leur radar.»

La possibilité d’avoir été exposés aux PFAS sera une source de stress pour les patients, et un dépistage accru comme celui proposé pourrait aider à calmer les craintes des patients et à leur redonner un certain contrôle sur leur santé, a ajouté M. Verner.

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