Un rapport révèle des failles dans la sécurité du premier ministre Trudeau

OTTAWA — La GRC aurait dû prévenir l’entourage de Justin Trudeau que Jaspal Atwal, un homme au casier judiciaire chargé et aux antécédents de violence, pourrait faire irruption lors du voyage du premier ministre en Inde en février, estiment des parlementaires.

Le rapport du Comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement conclut que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) «reconnaît qu’elle a fait fausse route lorsqu’elle a omis de communiquer (…) au Peloton de protection du premier ministre» que M. Atwal avait été reconnu coupable de tentative de meurtre des années plus tôt.

Le rapport fortement caviardé, déposé lundi au Parlement, indique que les agences gouvernementales ne disposent pas d’un mode de vérification systématique des listes d’invités pour les événements à l’étranger impliquant le premier ministre. Ces agences qui ont participé aux préparatifs du voyage ou au voyage lui-même n’ont par ailleurs pas mené d’exercice «sur les leçons apprises afin de définir les points à améliorer», concluent les membres de ce comité, composé aux deux tiers de parlementaires libéraux.

M. Trudeau a été plongé dans l’embarras lors de ce voyage officiel en Inde lorsqu’on a appris que M. Atwal, un sikh reconnu coupable en Colombie-Britannique d’avoir tenté d’assassiner un ministre indien en 1986, avait été invité à deux événements auxquels participait le premier ministre canadien.

M. Atwal a ainsi été photographié en compagnie de la femme de M. Trudeau, Sophie Grégoire, et d’au moins un ministre lors d’un événement à Mumbai le 20 février. Une invitation à un deuxième événement, à New Delhi, a été annulée in extremis lorsqu’on a découvert la présence de M. Atwal en Inde.

Le rapport du comité des parlementaires indique que la GRC avait été informée une semaine auparavant, le 13 février, de la présence possible de M. Atwal en Inde lors de la visite de M. Trudeau. «Suite à cela, la GRC a fait des recherches dans les bases de données des services de police, recherches qui ont donné des résultats qui auraient dû mener à l’envoi d’une note au Peloton de protection du premier ministre et à des séances d’information à l’intention de hauts dirigeants», lit-on dans le rapport. «Toutefois, on n’a communiqué ni avec l’un ni avec les autres.»

Lors d’une séance d’information pour les journalistes en février, Daniel Jean, conseiller à la sécurité nationale du premier ministre, a laissé entendre que des factions du gouvernement indien avaient voulu saboter le voyage officiel de M. Trudeau. M. Jean a alors soumis la thèse selon laquelle des factions du gouvernement indien auraient organisé la présence de M. Atwal dans le but d’empêcher le premier ministre Narendra Modi de se lier d’un peu trop près au gouvernement canadien, qui manifestait à leur avis des sympathies pour les séparatistes sikhs.

Le Comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement, composé de députés et de sénateurs, avait annoncé en avril qu’il étudierait diverses questions relatives à ce voyage, notamment des allégations de risques pour la sécurité du premier ministre, d’ingérence étrangère dans la politique canadienne et d’utilisation inappropriée des renseignements.

Ce nouveau comité, créé l’année dernière par le gouvernement libéral, permet à des parlementaires d’entendre des témoignages secrets. Ces parlementaires possèdent tous «une habilitation de sécurité de niveau très secret» et sont tous astreints «au secret à perpétuité en vertu de la Loi sur la protection de l’information».

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