Un résultat qui montre que les électeurs francophones se méfient de Blaine Higgs

Malgré les éloges qu’il s’est attirés grâce à sa gestion de la crise de la COVID-19, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, n’a pas réussi à conquérir des régions clés de la province à l’issue du scrutin de lundi.

Pratiquement toutes les circonscriptions francophones situées dans le nord et le long de la côte acadienne restent aux mains de l’opposition libérale.

Par conséquent, l’éternel schisme entre les électeurs francophones et anglophones a resurgi, même si les progressistes-conservateurs de Higgs ont raflé une majorité de sièges à l’Assemblée législative.

L’élection a eu pour effet d’aggraver la division linguistique au sein de la province et cela n’augure rien de bon, selon Donald Wright, directeur du département de science politique de l’Université du Nouveau-Brunswick à Fredericton.

Pendant une bonne partie du XXe siècle, les francophones ont été traités comme des citoyens de seconde zone dans une province où ils représentaient pourtant le tiers de la population, rappelle-t-il. Très peu de choses ont changé avant 1960, lorsque l’Acadien Louis Robichaud a accédé au poste de premier ministre.

Sous Robichaud, les libéraux ont gouverné la province pendant les dix années suivantes, faisant la promotion des droits linguistiques et de réformes sociales qui ont abouti à l’adoption de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick en 1969, qui en a fait la seule province officiellement bilingue au Canada. Le débat sur la mise en oeuvre de cette loi avait toutefois exacerbé les tensions.

«Nous ne voulons pas d’un parti libéral francophone et d’un parti conservateur anglophone, a relevé M. Wright. Ça alimenterait les tensions linguistiques, et personne ne veut revenir aux années 1970 et à ce terrible débat linguistique.»

Aux yeux de Roger Ouellette, professeur de science politique à l’Université de Moncton, M. Higgs a donné trop de raisons aux électeurs francophones de se méfier de lui.

Le professeur cite en exemple des publications ayant circulé sur les réseaux sociaux pendant la campagne électorale pour rappeler que dans les années 1990, Blaine Higgs s’était porté candidat à la direction du parti aujourd’hui dissous de la Confédération des régions (COR), qui souhaitait abroger la Loi sur les langues officielles.

Puis, M. Higgs avait remporté la direction du Parti progressiste-conservateur avec le soutien de pratiquement aucun des membres francophones en 2016, souligne également M. Ouellette.

Les francophones ont également été marqués par le fait que l’ancien gouvernement minoritaire de Higgs avait été soutenu par l’Alliance des gens, un parti qui s’évertue à remettre en question le coût des services bilingues.

Et pas plus tard qu’en février dernier, M. Higgs a dû renoncer à son plan de réduire les heures d’ouverture des salles d’urgence dans les hôpitaux de six petites collectivités rurales, y compris les communautés acadiennes de Caraquet et de Saint-Anne-de-Kent.

«Blaine Higgs est Blaine Higgs. Je ne pense pas qu’il va changer», avance M. Ouellette.

Le premier ministre, qui parle un français approximatif, reconnaît néanmoins qu’il a du travail à faire pour combler le fossé entre son parti et les Néo-Brunswickois francophones.

«Je veux travailler avec les régions», a-t-il déclaré lundi soir après son discours de victoire. «Cette réforme de la santé était une erreur.»

Il lui sera difficile d’assurer une représentation régionale en formant son cabinet, a-t-il reconnu, car son caucus ne compte qu’un seul élu francophone.

M. Higgs n’a toutefois pas pu s’empêcher de lancer une pointe contre les électeurs du nord du Nouveau-Brunswick. «Il y a des circonscriptions dans le nord qui voteraient toujours libéral, a-t-il lâché. Vous pourriez y présenter un abat-jour comme candidat libéral. Ça doit changer.»

Mais les conservateurs peuvent se réconforter en sachant qu’ils ont déjà bénéficié d’appuis solides au sein de l’électorat francophone.

Richard Hatfield, le premier ministre au plus long règne de l’histoire de la province, jouissait d’une énorme popularité dans le nord du Nouveau-Brunswick, même s’il était anglophone.

En poste entre 1970 et 1987, il avait appuyé les réformes égalitaires introduites par Robichaud, créé des systèmes scolaires anglophone et francophone distincts,en plus de présenter une loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques.

En 1999, le chef conservateur Bernard Lord, parfaitement bilingue, a mené son parti à une victoire écrasante, remportant 44 des 55 sièges en jeu. Il a servi pendant deux mandats.

«La porte n’est pas fermée à jamais», relève M. Ouellette. «Mais les conservateurs ont du travail à faire.»

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