Un site internet pour combattre l’âgisme et créer un dialogue entre les générations

MONTRÉAL — L’Université de Sherbrooke a lancé vendredi la Grande interaction pour rompre avec l’âgisme (GIRA), afin de sensibiliser les Québécois à une forme de discrimination qui passe la plupart du temps sous le radar.

L’initiative, formée pour l’instant d’un site internet et d’une page Facebook, vise à «changer nos perceptions du vieillissement [pour créer] des comportements qui sont plus respectueux, qui permettent une meilleure intégration des personnes aînées dans la société», explique le professeur Dany Baillargeon, qui pilote la GIRA avec sa collègue, la professeure Mélanie Levasseur.

D’après une étude parue en août dernier dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health, les personnes aînées ont six fois plus de chance d’être représentées de manière négative que positive dans les médias américains et britanniques, «frêles», «infirmes» et «vulnérables» étant des exemples de mots les plus souvent utilisés.

Ce n’est peut-être pas si différent ici, comme «l’âgisme est la forme de discrimination la plus tolérée au Canada» , selon le professeur Baillargeon. «On la légitime, ajoute-t-il, tout le monde peut devenir vieux, donc en conséquence on peut s’autoriser à discriminer.»

Hostilité et bienveillance

Cette discrimination peut prendre une forme «hostile» par de la violence physique ou verbale, ou en excluant les personnes aînées, dit-il. Comme exemple, «empêcher une personne de parler sous prétexte qu’elle est plus vieille, alors elle ne doit pas comprendre ce qui se passe».

Mais il existe aussi une forme plus insidieuse, car «bienveillante», où l’on tient pour acquis que les personnes plus âgées «ont besoin d’aide», n’étant pas capables de fonctionner normalement. «Par exemple, une personne aînée arrive à la caisse de l’épicerie et automatiquement la caissière se met à parler fort, à parler lentement, prétendant que nécessairement, vu qu’elle est face à une aînée, cette personne-là doit mal entendre ou avoir de la difficulté à comprendre».

Même si «ça part d’une bonne intention», cela peut quand même avoir «d’énormes impacts sur la santé», affirme le Prof. Baillargeon, qui cite entre autres «le déclin cognitif et la dépression» comme conséquences de cette exclusion de la vie sociale et de la société. Ces croyances peuvent aussi être intériorisées par les victimes qui, pour «ne pas être un poids», ne dénonceront pas ce qu’elles vivent.

La plateforme GIRA propose une série de courts textes explicatifs, des sondages et un questionnaire. Il faut cependant noter que ce dernier ne révèle pas à quel point on a tendance à faire de l’âgisme, mais seulement quel type de discrimination on serait plus enclin à utiliser le cas échéant.

Boucs émissaires

La pandémie n’a fait qu’exacerber le problème, selon le professeur Baillargeon, alors qu’«on a martelé un certain nombre d’adjectifs associés aux aînés, disant qu’ils sont vulnérables, qu’ils sont fragiles, qu’ils sont en danger. C’est comme si tout à coup être un aîné c’était une tare».

Non seulement cela, mais «à partir du moment où notre liberté s’est vue limitée, on a essayé de trouver un coupable (…) comme on entendait à qui mieux mieux que les aînés étaient les plus à risque, ils sont devenus le catalyseur de nos frustrations», ajoute-t-il.

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Site internet: https://rompreaveclagisme.ca/

Page Facebook: https://www.facebook.com/GIRARompreAgisme

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Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.