Un site web pour rendre les rues plus sécuritaires et accueillantes

MONTRÉAL — Un site web participatif qui permet de recueillir des données sur les obstacles à la marche au Canada est dorénavant disponible en français.

Le site OnmarcheOnroule.org demande aux utilisateurs de signaler, par exemple, des trottoirs en mauvais état, étroits ou inexistants; des rues achalandées ou bloquées par des travaux; ou encore des risques de collision avec un véhicule ou un vélo.

Les données ainsi générées pourront permettre non seulement aux piétons de planifier des déplacements sécuritaires, mais aussi aux responsables d’aménager l’environnement urbain afin de faciliter et d’encourager de tels déplacements.

«On a besoin de données sur les piétons, et notamment les piétons les plus vulnérables, donc les gens qui auraient des problèmes de mobilité physique, par exemple les personnes âgées, a expliqué la cochercheuse du projet et responsable du volet francophone, la professeure Marie-Soleil Cloutier, qui dirige le Centre Urbanisation Culture Société de l’Institut national de la recherche scientifique.

«J’inclus aussi les familles avec des poussettes, tous les gens finalement qui ont besoin d’un petit peu d’aide sur leurs deux pieds.»

Pour le moment, a rappelé Mme Cloutier, les seules données accessibles proviennent des rapports de police ou d’hospitalisation. Cet outil de recherche participative a pour objectif de combler les lacunes laissées par les sources de données traditionnelles, a-t-elle dit.

On déplore chaque année au Québec la perte de vie d’une cinquantaine de piétons. Les simples chiffres liés aux chutes et aux collisions ne suffisent pas pour brosser un portrait complet de la situation, a souligné Mme Cloutier.

«On ne sait pas combien (de gens) ne sont pas sortis de chez eux et ne sont pas piétons parce que les aménagements de nos villes ne sont pas faits pour eux, a-t-elle dit. On concentre beaucoup nos efforts présentement sur les données qu’on a, c’est-à-dire des données de collision, mais le sentiment de confort, puis le risque de chute aussi, est très important dans l’espace public.»

Elle cite en exemple les personnes âgées qui évitent de se rendre à pied à leur destination, voire carrément de sortir de chez elles, parce qu’il n’y a pas sur leur trajet suffisamment de bancs urbains où se reposer.

La portion «on roule» du site web ne s’adresse pas aux cyclistes, précise Mme Cloutier, mais plutôt aux gens qui doivent se déplacer en fauteuil roulant ou encore aux jeunes familles qui ont des poussettes.

«On est vieillissant au Québec, donc de s’assurer que nos plus vulnérables parmi les piétons soient capables de se déplacer, puis de continuer de se déplacer en vieillissant, c’est quelque chose de très important, je crois, et quelque chose pour lequel on n’a pas assez de données présentement», a dit Mme Cloutier.

Les aînés qui n’auront plus accès à leur voiture et qui voudront utiliser le transport en commun, poursuit-elle, auront besoin de descentes de trottoir pour se rendre jusqu’à l’arrêt, et une fois rendus, aussi d’un banc, d’ombre et du temps d’attente avant l’arrivée de l’autobus. Autrement, ils resteront à la maison et ne seront pas en mesure de «vieillir activement» en continuant à faire leurs propres courses, par exemple.

Les utilisateurs du site OnMarcheOnRoule.org, à travers le Canada, peuvent cartographier trois types de «rapports», tous en lien avec les déplacements à pied/en fauteuil roulant : un danger ou une préoccupation; une commodité manquante; ou un incident (collision, chute ou quasi-collision).

Le processus est anonyme, mais des détails démographiques, tels que l’année de naissance, l’identité de genre et l’origine ethnique sont colligés pour mieux comprendre qui sont les participants.

«Ce qu’on veut, a dit Mme Cloutier, c’est faire appel à la population pour qu’elle soit nos yeux et nos oreilles sur le terrain, qu’elle nous rapporte son expérience pour savoir un peu ce qui manque dans la ville, mais qu’est-ce qui fonctionne bien, aussi. Mais c’est sûr que nous, on est plus intéressés par ce qui manque, quels sont les endroits qui sont insécurisants, par exemple.»

Ce projet de recherche pancanadien a initialement été développé en anglais (WalkRollMap.org) par une équipe de l’Université de Victoria, en collaboration avec l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), l’Université Simon Fraser, et l’Université Memorial. Il est financé par l’Agence de la santé publique du Canada.

La même initiative est proposée aux cyclistes sur le site BikeMaps.org.

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