Un sommet du G20 sous haute tension avec Pékin pour Justin Trudeau

OSAKA, Japon — Le premier ministre Justin Trudeau est arrivé jeudi à Osaka, au Japon, pour le sommet des dirigeants du G20, au moment où on apprenait que deux avions de combat chinois avaient «frôlé» un navire de guerre canadien en eaux internationales dans la mer de Chine orientale, plus tôt ce mois-ci.

M. Trudeau espère que le sommet d’Osaka permettra de réaliser des progrès — ou, du moins, d’obtenir le soutien d’autres pays — dans les différends entre Ottawa et Pékin concernant les produits agricoles et l’arrestation par la Chine de deux Canadiens, en représailles apparentes de l’arrestation à Vancouver d’une dirigeante de Huawei, à la demande des États-Unis.

Aucune rencontre n’est prévue entre M. Trudeau et le président chinois lors du sommet du G20, mais Donald Trump, lui, aura son tête-à-tête avec Xi Jinping. Lors d’une rencontre avec le premier ministre Trudeau à la Maison-Blanche jeudi dernier, le président américain s’est engagé à évoquer la détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor pendant cet entretien bilatéral.

M. Trudeau s’appuiera par ailleurs sur des alliés qui se sont déjà prononcés sur la détention des deux Canadiens, dont la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Espagne. Le premier ministre rencontrera vendredi des partenaires européens pour discuter de toute une série d’enjeux, notamment les changements climatiques, mais la question diplomatique avec la Chine devrait certainement être soulevée.

L’incident en mer a été rapporté par Matthew Fisher, de l’Institut canadien des affaires mondiales, qui était à bord du NCSM Regina le 24 juin lorsque les deux chasseurs chinois ont survolé la frégate canadienne à moins de 300 mètres.

Le ministère de la Défense nationale a déclaré que le Regina et le navire de ravitaillement Astérix faisaient alors route en eaux internationales, du Vietnam vers la côte nord-coréenne, dans le cadre de l’«opération Neon» visant à appuyer la mise en oeuvre des sanctions de l’ONU imposées à la Corée du Nord. Ce trajet prévoyait un passage dans le détroit qui sépare la Chine continentale de Taïwan.

«Pas provocateur»

Le ministère de la Défense a confirmé le survol dans une déclaration transmise par courriel, précisant que l’incident «n’était pas provocateur, dangereux ou inattendu compte tenu de la proximité de la zone de l’opération Neon avec la Chine».

Des navires de la marine chinoise ont également suivi les navires canadiens, a précisé le ministère, et un laser a été pointé sur un hélicoptère canadien.

«Cela provenait d’un bateau de pêche», a déclaré le ministère au sujet du laser. «Personne n’a été blessé lors de cet incident et l’aéronef n’a pas été endommagé.»

Adam MacDonald, directeur adjoint du Centre d’études sur la sécurité et le développement à l’Université Dalhousie, de Halifax, prédit que de tels incidents deviendront de plus en plus fréquents à mesure que le Canada augmentera sa présence militaire en Asie et que la Chine tentera d’exercer un contrôle accru sur la région.

L’incident en mer de Chine orientale représente une nouvelle escarmouche dans les relations déjà tendues entre le Canada et la Chine, qui occupera une place centrale à Osaka au cours des deux prochains jours.

Avant le sommet du G20, certains experts estimaient que le Canada pourrait profiter de ce forum pour parler à d’autres dirigeants qui sont confrontés à des défis similaires avec la Chine.

«Il est dans l’intérêt des États-Unis et de nombreux autres pays de voir la Chine renoncer à cette diplomatie des otages et de l’intimidation», a soutenu l’ancien ambassadeur du Canada en Chine David Mulroney.

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