Un soutien psychologique supplémentaire sera nécessaire lors du retour à l’école

VANCOUVER — Les jeunes en confinement s’ennuient à mourir loin de leurs amis et passent trop d’heures en ligne, et certains plus âgés ont commencé à consommer plus de drogues et d’alcool. Mais tous auront besoin d’un soutien psychologique supplémentaire lors du retour à l’école, estime une psychiatre spécialisée dans la santé mentale des jeunes.

Même si les adolescents remettent généralement en question l’autorité et agissent de manière impulsive, certains, pour gérer l’anxiété inhérente à la grande pandémie, se tournent vers les substances ou ignorent les mesures de distanciation sociale, explique la docteure Shimi Kang.

«Dès la première semaine, j’encouragerais les écoles à commencer par un « programme socio-émotionnel »: parler de choses comme les compétences d’adaptation, celles que les gens ont utilisées à la maison, et de ce que les élèves peuvent faire maintenant pendant leur réintégration», a estimé Mme Kang, professeure adjointe au département de psychiatrie de l’Université de la Colombie-Britannique.

Selon elle, les enseignants devront aussi laisser les étudiants exprimer leurs idées et leurs émotions dans le cadre de ce que l’on appelle l’«apprentissage social et affectif», qui fait déjà partie de nombreux programmes d’études à travers le pays, afin d’enseigner aux jeunes à gérer leurs émotions et à apprendre l’empathie et la compassion, mais aussi de renforcer la résilience, comme une habitude de vie.

Ce type d’apprentissage, qui est distinct d’un soutien habituel en santé mentale, peut impliquer la réponse des étudiants à ce qui se passe dans leur communauté ou dans le monde, et prendre conscience de la façon dont ils feraient face à certaines situations, explique la professeure Kang.

«S’il y a quelque chose que cette pandémie a montré, c’est que les compétences de vie nous permettent de surmonter (la crise). C’est l’adaptabilité, la résilience, les compétences en communication, en régulation émotionnelle, la capacité de résoudre des problèmes et de demeurer optimiste face aux difficultés: c’est là-dessus que nous devons mettre l’accent.»

Il n’est plus suffisant pour les écoles d’insérer rapidement une petite leçon sur l’apprentissage social et affectif, selon elle: il faut l’intégrer au programme global, de la maternelle à la fin du secondaire.

Le Québec est-il prêt ?

Chris Markham, directeur exécutif de l’organisme à but non lucratif ontarien «Écoles saines, Communautés saines», estime qu’une partie de la réponse à la COVID-19 devrait impliquer un plan dans toutes provinces visant à renforcer dans leurs programmes les composantes d’apprentissage social et affectif.

«Avant la COVID, on parlait déjà d’un renforcement de ce programme dans les provinces. Aujourd’hui, cette crise nous aura peut-être permis de réaliser l’importance de toutes ces compétences pour permettre aux enfants d’être résilients et pour leur permettre de s’épanouir, parfois dans des situations qui sont complètement hors de leur contrôle», estime M. Markham.

Shelley Morse, présidente de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants, estime que ses membres devraient être prêts à adopter des «pratiques tenant compte des traumatismes» en réponse aux besoins des élèves, en particulier ceux qui peuvent vivre dans la peur, à cause de la violence familiale ou de pénuries alimentaires pendant la pandémie.

«Nous devons nous assurer qu’à leur retour, nous serons prêts à faire le bilan avec eux, a-t-elle estimé. On s’occupera du curriculum plus tard. Nous savons que des élèves vivront avec un traumatisme, même celui de retourner en classe avec toutes les inconnues.»

Jusqu’à présent, seul le Québec a annoncé son intention de rouvrir des écoles à la mi-mai pour les élèves du primaire — le 11 hors Montréal et le 19 dans la région métropolitaine. Mme Morse croit qu’il est difficile de savoir comment les jeunes enfants réagiront en voyant leurs enseignants avec un équipement de protection individuelle — s’ils choisissent de le porter —, et s’ils ne sont pas autorisés à se rapprocher de leurs petits camarades de classe qu’ils n’ont pas vus depuis deux mois.

«Je m’inquiète un peu pour le Québec», a-t-elle dit. «Je ne suis pas certaine qu’ils aient eu le temps de se préparer.»

Le ministère de l’Éducation du Québec a indiqué dans un communiqué que les enseignants devraient être vigilants pour détecter les élèves qui ont subi un traumatisme et ceux qui développeront des symptômes après leur retour en classe, afin de leur fournir le soutien dont ils auront besoin.