Un syndicat de travailleurs agricoles révoqué après désistement des migrants

MONTRÉAL — Le Tribunal administratif du travail a dû révoquer l’accréditation d’un syndicat de travailleurs agricoles, après que tous les travailleurs migrants eurent signé une lettre disant ne plus vouloir être syndiqués. C’est l’employeur qui avait déposé la requête pour faire révoquer le syndicat, en leur nom.

La section locale 501 du syndicat des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce, affilié à la FTQ, avait contesté la requête, affirmant qu’il y avait eu ingérence de l’employeur, Les Serres Sagami, et que les lettres n’avaient donc pas été signées de façon libre et volontaire.

Dans sa décision, le Tribunal s’étonne du fait que ces travailleurs guatémaltèques affirmaient ne plus vouloir du syndicat, notamment parce qu’il leur en coûtait 40 $ par mois, alors qu’ils étaient représentés par une avocate devant le tribunal.

«Il est étonnant que les salariés démissionnaires, qui ont entrepris les procédures de révocation dans cette affaire, ignorent le montant des honoraires professionnels qu’ils auront à débourser et qu’aucun état de compte ne leur ait été transmis», écrit la juge administrative Irène Zaïkoff.

Elle a aussi souligné que le témoignage de ces travailleurs devant le tribunal avait été «parfois difficile à suivre, hésitant et comporte des contradictions», qu’ils étaient «à l’évidence intimidés d’être appelés à témoigner».

De plus, elle a noté que les travailleurs guatémaltèques avaient joué au soccer, le 4 février en soirée, le jour même de leur désistement collectif du syndicat. «C’était la première fois qu’un match de soccer aurait été organisé en hiver à Sainte-Marthe», est-il écrit dans le jugement.

«Le transport aurait été assuré par l’employeur. Ils affirment avoir payé eux-mêmes la location du terrain, à raison de 10 $ chacun, sans pouvoir toutefois expliquer qui avait organisé l’activité. Après vérification, il appert que l’employeur n’a aucune trace d’avoir payé pour la location d’un terrain à cette même date», écrit la juge administrative.

Le syndicat y voyait «une récompense de la part de l’employeur» pour avoir signé une lettre de désistement — qu’on appelle en droit du travail une lettre de démission du syndicat.

Malgré cela, le Tribunal juge que même s’il fallait conclure que l’employeur a appuyé les travailleurs qui se sont désistés, cela ne fait pas pour autant la preuve qu’il est intervenu avant les démissions et a influencé leur décision.

Malgré tout, le Tribunal a cru les travailleurs, qui ont témoigné du fait qu’ils voulaient se désister parce qu’ils payaient trop d’impôt, que les cotisations syndicales coûtaient 40 $ par mois et qu’ils étaient mécontents du syndicat. Ils ont aussi témoigné du fait qu’il n’y avait pas eu ingérence de la part de l’employeur.

Le fait que ce soit l’employeur qui ait déposé la requête en révocation du syndicat ne peut être perçu comme un indice d’ingérence, a aussi estimé la juge, puisque cela est permis par le Code du travail.

Le désistement de ces travailleurs «peut s’expliquer autrement que par l’hypothèse de l’implication de l’employeur, contrairement à ce que soutient le syndicat», a estimé la juge administrative.