Un territoire et deux provinces se protègent aussi des Canadiens

OTTAWA — Des régions du Canada ont commencé à fermer leurs portes même aux Canadiens alors que le gouvernement fédéral tente encore de rapatrier ses milliers de ressortissants à l’étranger.

Samedi matin, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que les Territoires du Nord-Ouest ferment leurs frontières à tout voyage non-essentiel, une décision que le gouvernement fédéral appuie. Un premier cas de la COVID-19 a été rapporté dans ce territoire, samedi. Il s’agit d’une personne de Yellowknife qui rentrait d’un séjour en Colombie-Britannique et en Alberta.

À Terre-Neuve-et-Labrador, où on a confirmé trois cas et en soupçonne trois autres, le gouvernement provincial a annoncé, vendredi, que tout visiteur arrivant dans la province, même d’ailleurs au Canada, devra s’imposer un isolement de 14 jours.

L’Île-du-Prince-Édouard, qui ne compte que deux cas, a pris les mêmes mesures samedi. Tout voyageur arrivant dans la province, par avion, par le pont de la Confédération ou par le traversier des Îles de la Madeleine devra s’isoler pendant 14 jours, même s’il ne s’est déplacé qu’à l’intérieur du Canada. Les voyageurs seront interceptés aux points d’entrée de l’île, afin qu’on détecte ceux qui présenteraient des symptômes.

Devant toutes ces mesures, les Québécois devraient-ils s’inquiéter de la proximité de leur voisin ontarien qui rapporte plus que le double du nombre de cas au Québec?

«On recommande aux gens de rester chez eux, de ne pas aller chez les voisins. Ça s’applique aux États-Unis, mais ça s’applique aussi aux provinces avoisinantes», a répondu M. Trudeau à sa sortie publique quotidienne.

«Il reste des gens qui ont des raisons importantes pour voyager, des raisons de famille, des raisons d’affaires. Mais si les gens peuvent garder leurs déplacements au minimum, rester chez eux, ce serait une bonne chose pour nous tous», a-t-il ajouté.

Celui qui représente la voix scientifique du gouvernement fédéral a offert, pour sa part, une réponse étrangement politique.

«On est un pays. (…) En fin de compte, on est tous des Canadiens, pas des Ontariens ou des Québécois», a déclaré Dr Howard Njoo, sous-administrateur en chef de l’Agence de la santé publique du Canada.

Son collègue directeur de la Santé publique du Québec a présenté une analyse plus pratico-pratique.

Le Dr Horacio Arruda a souligné la situation particulière de la région de la capitale du pays. Il ne croit pas utile de séparer la ville d’Ottawa de celle de Gatineau, puisqu’il faut, entre autres, maintenir l’accès des Gatinois aux services de santé ontariens.

«Peut-être s’il y avait une affaire à faire, (la fermeture) pourrait être entre l’Outaouais (…) et d’autres régions du Québec. Comme j’ai dit, moi, je n’exclus rien», a-t-il déclaré, lors de la conférence de presse des autorités québécoises.

Pour l’instant, malgré les décisions des Territoires du Nord-Ouest et des deux provinces atlantiques, les ministres du gouvernement fédéral ne veulent pas contempler l’imposition de plus de restrictions entre les provinces.

«C’est absolument essentiel que nos corridors de transport et de commerce restent ouverts pour transporter à travers le Canada (…) les biens essentiels dont notre pays a besoin», selon le ministre fédéral des Transports Marc Garneau.

Tout comme ses collègues, il n’a pu expliquer pourquoi les mêmes règles imposées aux étrangers et qui limitent les déplacements des particuliers mais pas des marchandises ne pourraient pas s’appliquer entre les provinces.

La ministre fédérale de la Santé, elle, a mis en garde contre toute mesure plus restrictive.

«Le défi dans un cas où on bouclerait une province ou une région du pays, sans baser sa décision sur l’épidémiologie, c’est que ça pourrait mener à d’autres types de souffrance», a averti Patty Hajdu.

Et puis, dans un élan de réalisme, la ministre Hajdu a servi deux autres avertissements.

«Il ne s’agit pas ici de deux semaines de distanciation sociale. Ce sera des mois de distanciation sociale», a-t-elle prédit.

«Quand les gens ne respectent pas les règles, ça met en danger nos libertés individuelles. Ça oblige les gouvernements à trouver des mesures de plus en plus restrictives pour forcer les gens à rester chez eux», a-t-elle ajouté pour ceux qui résistent aux conseils et recommandations des autorités.

Frontières fermées

Depuis la première heure samedi, à la frontière entre le Canada et les États-Unis, on ne laisse plus passer que ceux qui se déplacent pour des voyages essentiels.

Les migrants qui traversaient des États-Unis ailleurs qu’aux postes frontaliers, comme par le chemin Roxham, sont dorénavant renvoyés aux États-Unis. Cette décision a été rapidement dénoncée par Amnistie internationale. Ceci «sert simplement à alimenter davantage (…) le racisme», selon le secrétaire général de l’organisme, Alex Neve. 

Le Canada est donc dorénavant bouclé à tous les étrangers, à part les étudiants avec visas et les travailleurs étrangers temporaires, y compris les travailleurs agricoles saisonniers.

«Il s’agit, ni plus ni moins, d’un impératif de sécurité alimentaire», a déclaré la ministre de l’Agriculture Marie-Claude Bibeau, aux côtés de ses collègues Garneau et Hajdu.

La ministre Bibeau a assuré que le Canada pourra traverser cette crise «sans manquer de nourriture». Elle a donné les détails d’accueil strict des travailleurs étrangers de l’industrie agricole et a ajouté qu’il y aura toujours, aussi, du travail pour les Canadiens sur les fermes et dans les usines de transformation de produits alimentaires.

Le défi, pour le gouvernement fédéral, c’est d’assurer des vols pour transporter les travailleurs agricoles étrangers, à l’heure où de plus en plus de pays ferment aéroports et espaces aériens.

Des rapatriements compliqués

Un vol d’Air Canada a cueilli 450 Canadiens à Casablanca, samedi.

Ceux qui n’ont pas pu y trouver place étaient redirigés, par l’ambassadrice du Canada au Maroc, vers Marrakech et un vol qui les transporteraient à Londres.

Des milliers de Canadiens ailleurs dans le monde cherchent à rentrer au pays. Le premier ministre a promis, une fois de plus, toute l’aide possible.

«On ne pourra pas joindre tout le monde mais on fera tout ce qu’on peut pour aider le plus de gens possible», a déclaré M. Trudeau, au micro installé devant sa résidence où il poursuit son isolement volontaire.

Ces rapatriés devront payer leur billet de retour mais Ottawa insiste auprès des lignes aériennes pour que les prix soient raisonnables.

«On va être là pour aider les compagnies aériennes, si nécessaire, pour couvrir leurs coûts pour ces vols-là», a précisé le premier ministre.

«Nous travaillons sans relâche pour dénouer ces situations extrêmement complexes», a insisté le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne, lors de la conférence de presse des ministres à Ottawa, promettant bientôt des vols de rapatriement d’Espagne, de Pérou et d’ailleurs.

«Il ne sera malheureusement pas possible pour nous d’assurer le retour de tous les Canadiens et Canadiennes qui souhaitent revenir de l’étranger», a répété le ministre Champagne dans un autre élan de réalisme. Et il a rappelé l’offre d’un prêt de 5000$ pour les citoyens canadiens coincés ailleurs et à bout de ressources financières.

Nombre de cas

Au Canada, le nombre de cas confirmés du nouveau coronavirus a maintenant dépassé les 1280, dont 19 morts. Le Québec a rapporté quatre décès supplémentaires, samedi. On compte maintenant 181 cas confirmés au Québec, dont cinq décès.

L’Ontario a annoncé qu’il en était à 377 cas, dont trois morts.

La Colombie-Britannique a ajouté 76 cas et un décès à son bilan, dépassant les 400 cas, dont 10 décès.

On dénombre 226 cas confirmés en Alberta et 25 en Saskatchewan.

Dans les Maritimes, on parle de neuf cas confirmés en Nouvelle-Écosse, sept au Nouveau-Brunswick, trois à Terre-Neuve-et-Labrador et deux sur l’Île-du-Prince-Édouard.

À la base militaire de Trenton où sont toujours confinés, en quarantaine, les 228 passagers rapatriés d’un bateau de croisière, le Grand Princess, on compte maintenant 13 cas confirmés de la maladie à COVID-19.

Plus de 83 000 tests ont été administrés jusqu’à maintenant au pays.

Le message du jour

Même si la ministre fédérale de la Santé dit que les mesures de distanciation sociale seront encore là pendant des mois, elle croit que leur efficacité et celle de la fermeture des frontières pourront être évaluées bientôt. «Nous pourrons mieux voir dans 7 à 10 jours si les mesures que nous avons prises ont eu de l’effet», selon la ministre Hajdu.

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